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Merveille de drôlerie


De Azurlys, le 21 mai 2011 à 14:13

Dès 2005 l'on parlait ici d'une édition souhaitée en DVD du savoureux Roi de Cœur de P.de Broca. Voilà qui est fait. Il est d'ailleurs annoncé à l'en-tête de sa rubrique.

C'est une pure merveille de drôlerie, qui semble cependant se mêler à une point de nostalgie, sans que j'aie pu en définir la cause. C'est pour moi le film de plus inattendu, le plus personnel de Ph.de Broca qui nous avait habitué à des comédies parfois inégales (il serait intéressant de revoir ses toutes premières réalisations, ou il découvrit Jean-Pierre Cassel). Les personnages semblent sortir d'une sorte de théâtre de marionnettes, fantasque, farfelu et d'une séduction telle qu'on a bien du :al à comprendre les motifs de son échec lors de sa sortie. Broca, qui y avait engagé ses propres deniers de "L'Homme de Rio" (superbe réussite dans l'élégance et l'ironie), et "Les Aventures du Chinois en Chine", à mon sens moins heureux.

En 1917 les malades mentaux d'un établissement spécialisé (entendez, comme on disait alors, asile d'aliénés), s'évadent dans une ville du Nord de la France alors que les Allemands reculent après avoir miné un blockhaus, au milieu de la place. La ville, vidée de ses habitants, est alors envahie par les malades qui portent tous des noms étranges et piquant, Mgr. Marguerite, le Duc de Trèfle, Coquelicot… et qui s'installent dans des situations qui ne feront que reconstituer une autre société à leur image : on y est peut-être "fou", mais on ignore aussi la guerre, pourtant toute proche. Dès lors, puisque nous somme ici dans un monde de fous, restons pacifiques. C'est un peu la morale de l'histoire. Le message pacifiste est clairement exprimé sur le coffret du DVD, mais il n'est pas sûr que le réalisateur ait été entièrement dupe de cette imprégnation, qui vient en surcroit d'une éblouissante comédie décalée, étrange à bien des égards, surréaliste sûrement.

Une scène mérite d'être signalée, et elle entre en scène, si l'on peut dire, comme une large ouverture. Les malades mentaux s'évadent de leur hôpital, s'éloignent dans les rues (en l'occurrence Senlis, dans l'Oise), et vaquent qui dans une boutique, qui devant un magasin de vêtements, ou proche d'un cirque abandonné. A ce moment, le son grinçant d'un violon malmené, discordant, sort au loin d'une fenêtre peut-être. Et au fur et mesure du déroulement de la scène, au fil d'un récit construit par petites touches, par plans isolés les uns des autres, la vie s'ébauche avec de nouvelles règles. On est entre fous, et la logique croustillante de l'œuvre en fait un superbe pastiche de la vie réelle, comme vue par quelque diablerie. La tenancière du lupanar local (Micheline Presle) se métamorphose de la triste poupée qu'elle était au sortir de l'hôpital pour devenir une savoureuse aguicheuse, conçue avec une pointe de caricature qui confirme la folie générale. Elle s'agite au milieu de son équipe de "dames" prévues pour les escapades sur la carte du tendre, mais revue et corrigée par les exigences commerciales. Cela nous vaut des répliques savoureuses (de Daniel Boulanger) "Est-ce que Monsieur devra se coucher entièrement nu", demande Coquelicot, "Évidemment, ne sois pas vicieuse", répond la tenancière ! Au milieu, une perle, Coquelicot (Geneviève Bujold, succulente), qui tapera dans l'œil du héros (Alan Bates). La musique s'accroit, (Monsieur Georges Delerue, à la partition et au pupitre !) se développe d'image en image, à mesure que se déroule cette longue et passionnante mise en situation, jusqu'au point d'orgue presque solennel. Des accords plaqués sur des plans fixes des toits de la ville, laissent entendre que la nouvelle donne impose ses nouveaux codes, dans cette ville désormais hors du temps.

Évidemment, (on a presque envie de dire hélas), la vie normale reprendra le dessus, et de déroutante au début, l'ahurissante aventure s'éteint en laissant des regrets dans le cœur. La ville sera sauvée de l'ennemi, le pauvre héros qui aura vécu une véritable histoire de fou – au sens habituel du mot – s'extirpera de ce rêve, les badernes (l'officier se nomme Gal Baderna !) chargées de décerner les décorations honorent l'oiseau dans sa cage, oublient le troufion Plumpick spécialiste en pigeons-voyageurs, élevé le temps de cette aventure insensée au rang de Roi de Cœur. Alors, quand survient le départ de son corps, il abandonnera sur le sol fusil, cartouchière, vareuse, et se présentera nu comme un ver devant le portail de l'hôpital, où Coquelicot l'attend. Le dernier plan est explicite. Devant une croisée, l'un des personnages (J.C.Brialy) immobile, le regard dans le lointain, face à l'autre folie, la raison, laisse tomber "Les plus beaux rêves se vivent par la fenêtre".

Trouvaille insensée, ce film est une perle, sans doute le plus joli film de Broca qui n'aura ni succès critique, ni reconnaissance publique. Le réalisateur a même failli renoncer au cinéma. Il faut se précipiter sur ce DVD, revoir cette merveille de trouvailles et d'inventions, où l'on n'a pas cru devoir – hélas pour G.Delerue – laisser la partition – magnifique – aller seule jusqu'à son terme,la bande-son est shuntée de façon maladroite, et brise un peu le rêve.

Sauf erreur, le DVD n'a pas de suppléments. A avoir absolument sur ses étagères. Les jours de pluie ou de cafard, (mais c'est vrai aussi le reste du temps, évidemment) un voyage vers la folie lumineuse de Philippe de BROCA sera le remède miracle contre la grisaille du coeur ou de l'âme !


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De david-paul, le 7 mars 2005 à 21:53
Note du film : 4/6

je ne l'ai pas vu mais ça se passe dans le Nord?


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