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Une passion à 2... 3 ou 4 dans un western ?


De DelaNuit, le 18 août 2016 à 16:31
Note du film : 5/6

Le Banni, produit par Howard Hughes, réalisé puis renié par Howard Hawks et remanié par Hughes, fait partie des films mythiques pour plusieurs raisons. D'abord il y a la présence explosive à l'écran et pour la première fois de la "bombe" Jane Russell, ensuite il y a les démêlés du producteur avec la censure s'accordant mal avec son perfectionnisme obsessionnel, ce qui valut au film de sortir sur les écrans près de dix ans après son tournage… et puis il y a l'ambiguïté des personnages masculins !

Parce qu'en fait, malgré le battage médiatique autour de l'apparition de Jane Russell, certes fort charmante et aux atouts évidents, il faut bien constater que le rôle de celle-ci dans le film est essentiellement décoratif. La belle, hormis quelques scènes, est la plupart du temps sous-employée. Est-ce à cause de la censure qui obligea à couper les scènes ou les plans qui mettaient trop en valeur son corps et sa poitrine pour laquelle Hugues inventa un soutien-gorge spécial aux baleines inspirées de l'aéronautique ? Sa présence dans le film semble un enjeu dans la rivalité qui oppose Doc Holliday à Billy the Kidd. Mais pas davantage, et même encore moins ! – si on en croit les gestes et les dialogues de ces messieurs – que le joli cheval roux qu'ils se disputent également comme des enfants.

Si naissance d'une passion il y a dans ce film, il semble plutôt s'agir d'une évidente attirance homo-érotique entre le vieillissant Doc Holliday et le jeune voyou Billy the Kidd. L'apparition de celui-ci sous les yeux de son ainé en posture provocante avec cigarette au bec et regard par dessous a tout du cliché de la femme fatale (Lauren Bacall s'en serait-elle inspirée dans Le port de l'angoisse ?).

Les regards et sous-entendus échangés entre les deux hommes ne passent pas inaperçus de Pat Garett, l'ex-"meilleur ami" de Holliday, lequel en développe une jalousie haineuse envers le jeune homme et va traquer le nouveau duo jusqu'au drame final.

Ce n'est pas la première fois que les amitiés viriles d'un western suscitent des questions (La rivière rouge, Le cavalier noir, L'homme au colt d'or…). Mais il est assez extraordinaire de découvrir dans un film de 1941 la scène de duel final avorté entre Holliday et Billy, tournant à une tendre réconciliation sur fond de violons et de gestes complices sous les yeux d'une Jane Russell qui n'a jamais été aussi potiche, et d'un Patt Garett en pleine crise de jalousie qui hurle à la face de son vieil ami sa douleur d'avoir été évincé et remplacé par une petite frappe de cowboy plus jeune qui s'est immiscé entre eux !

On sait que le milliardaire névrosé Howard Hughes, producteur et réalisateur final du film, prenait soin de s'afficher avec les plus belles femmes de Hollywood et entretenait de nombreuses jeunes femmes, que sa crainte maladive de la promiscuité et des maladies ne le portait pas à "honorer" de très près. Des bruits ont aussi couru au sujets de certaines de ses amitiés viriles. (le film Aviator inspiré de sa vie ne choisit certes pas de s'aventurer sur ce terrain glissant). Nous ne saurons sans doute jamais la vérité à ce sujet (et au fond, on s'en fiche un peu !) mais Le banni restera comme un western étrange aux personnages ambigus, une curiosité dans l'histoire du cinéma.


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