| Cinéma | Hiroshima mon amour | ||
| France, Japon Drame |
Réalisateur : Alain Resnais ![]() Scénariste : Marguerite Duras ![]() Scénariste et producteur : Samy Halfon Producteur : Anatole Dauman | Compositeurs : Georges Delerue ![]() Giovanni Fusco Directeurs de la photographie : Michio Takahashi Sacha Vierny ![]() Sociétés de production : Argos Films ![]() Daiei Studios ![]() | Acteurs : Emmanuelle Riva (elle)Eiji Okada (lui)Bernard Fresson (l'amant allemand)Stella Dassas (la mère) Pierre Barbaud (le père) |
avant le 21/11/2004 27/10/2009Première sortie mondiale : 1959 La fiche technique complète du film : ![]() | |||
"... Regarde comme je t'oublie... Regarde comme je t'ai oublié. Regarde moi."

, il fait, dans le milieu du cinéma, l'effet d'une bombe. Présenté au Festival de Cannes en 1959, mais hors compétition pour ne pas déplaire au gouvernement américain (la bombe atomique de 1945 reste encore, près de quinze ans plus tard, un sujet tabou), le film déclencha des réactions mitigées (l'écrivain Marcel Achard
, président du jury à Cannes, ne l'avait, ouvertement, pas apprécié). Mais il annonçait bien un renouveau du langage cinématographique qui allait caractériser, mais pas seulement, la naissante "Nouvelle Vague".

, nous nous laissons pénétrer par l'atmosphère unique créée par Resnais
. Ses thèmes de prédilection, ceux qu'il développera tout au long de sa carrière, sont déjà présents : l'amour et la mort. Mais plus qu'une histoire réaliste, naturaliste, il construit un récit, une fiction* dans laquelle la dialectique subjective est essentielle. Nous avons, alors, affaire à une métaphore philosophique et lyrique, presque fantastique (le n&b y contribue puissamment) traitée comme un documentaire**, ce qui la rend à la fois très abordable et très forte. Le parallélisme (par les flash-back, mais aussi le jeu des répétitions, ou rimes) entre l'histoire individuelle de la femme et celle, collective, de la nation japonaise, voire de l'humanité, est prodigieusement pertinente. Terrassée par la perte de sa dangereuse passion, folle, presque anéantie, elle tente, bien qu'absente, de renaître à l'espoir et à l'amour, grâce notamment à l'implacable travail de l'oubli. Peut-on aimer à Hiroshima ? La question est une réflexion sur la mémoire et l'oubli. Hiroshima mon amour
nous rappelle en permanence cette antagonisme qui est l'essence même de la douloureuse nature humaine.
, actrice de théâtre, dans son premier "vrai" film de cinéma, Eiji Okada
, vu chez Mikio Naruse et Tadashi Imai, remarquable) et la bande originale, apparemment simple, dépouillée. Elle est, en réalité, très inventive, fondée sur la narration plus que sur l'action. Nous entrons au cœur des âmes des deux personnages, en particulier celui de la femme, par de lents travellings et fondus enchaînés. Habiles plongées et contre-plongées donnent du relief aux images en saisissant la réelle "dimension" de l'homme dans son environnement. Le romancier et critique Jean de Baroncelli***, membre du jury à Cannes en 1959, notait : "le cinéma retrouve ici une liberté d'écriture qui fut celle du muet, celle de Griffith
, d'Eisenstein
, de Stroheim
." Et on peut raisonnablement dire, à partir de ce point de vue, qu'Hiroshima mon amour
marque une étape significative dans l'histoire du cinéma comme l'ont été avant lui Intolérance
et Citizen Kane
.
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*qui devait, initialement, être un pur documentaire réalisé avec Chris Marker
, dans le prolongement de Nuit et brouillard
.
**et les douloureuses images d'archives du début du film, mêlées aux corps intimement enlacés, ne font que renforcer cette étrange dualité.
***auteur, notamment, de l'ouvrage "Ecrits sur le cinéma".