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Gance, sa pompe et ses oeuvres


De Azurlys, le 21 mai 2012 à 15:24

Je regardais hier soir, en lieu et place d'une programmation TV sans attrait, pour moi en tous cas, le film de Gance. Par prudence, j'ai été visiter le site sis ici, pour y trouver un commentaire d'Impétueux, auquel il n'y a rien à ajouter. Contre toute logique, j'ai pris la décision de le faire, un peu par bravade, un peu par esprit du jeu.

C'est effectivement un film interminable, dont les séquences s'étirent avec langueur, et c'est pis encore dans la seconde partie, tout entière consacrée à une laborieuse description des stratégies mises en place par ce génie militaire de celui qui paraphait ainsi les symboles de son sacre. A moins d'être soi-même un spécialiste, il est à peu près impossible de s'y retrouver dans cet ajout de scènes étirées. L'ennui apparaît, s'installe, se confirme et conduit à bailler.

D'une manière générale, il m'a semblé que les scènes de la première partie, aux Tuileries sans doute, apparaissent plus convaincantes. Pierre Mondy y campe un Napoléon très plausible, mais contrairement à l'avis d'Impétueux, il ne semble faiblir au fil du récit, et son interprétation souffre un peu d'une personnalité d'acteur insuffisante. Les colères de Napoléon étaient devenues proverbiales. Là, le comédien en rajoute, et appuie sur des rages excessives et répétées ce qu'une "présence" plus forte aurait su construire avec moins d'excès. Son talent ne semble pas en cause, mais son aura, sa personnalité d'acteur ne remplissent pas, il me semble, l'immense personnage que fut l'Empereur, quelle que soit la part de mythe qui le soutient dans l'imaginaire. Au reste, si l'on en croit Jung, le mythe ne remplace ni les faits ni les hommes, mais il est déplace, les agrandit, et souvent les enrichit.

Si l'on veut brosser un portrait d'un personnage historique de la taille de celui qui est en cause ici, il faut sacrifier au mythe et à la charge affective dont il est le véhicule, au risque de passer à coté du but. D'une certaine manière, on peut dire que Sacha Guitry, dans un thème très voisin, s'en sort mieux en jouant – c'est le mot, Guitry, comme Hitchock, "jouait" avec le cinéma – avec les ellipses, les métaphores, les collisions de séquences, pour aboutir à une sorte d'interprétation des faits que l'on pouvait supposer à priori excessive, mais qui s'avérait d'une rare efficacité.

Il me semble avoir écrit ailleurs que l'on avait dit à Gance, pendant le tournage, ou ensuite, je l'ignore, qu'il paraissait s'inspirer de Guitry. Le refus de cette comparaison fut sans ambages ! Et pourtant, certaines scènes semblent s'en inspirer de manière directe. La séquence au cours de laquelle Napoléon aux portes de son sacre, s'essaie à l'élégance des signatures, ne semble pas seulement de nature esthétique. On peut distinguer, à l'arrière, le symbole d'une grandeur qui cherche à se confirmer et trouvera son apothéose à Notre-Dame, avec la bénédiction de Pie VII. Elle est démarquée de celle de Guitry entre Montholon et Hudson Lowe à Saint-Hélène, quand il convient de prévoir une inscription sur la dalle qui couvrira le tombeau. Ils échangent l'un et l'autre différentes versions, pour tomber d'accord sur une dalle sans inscription. Remarquable métaphore sur l'oubli auquel Montholon – mari complaisant, et sans doute assassin de l'Empereur – et Hudson Lowe sot et servile à la Cour d'Angleterre, assignaient celui qui avait été le maître de l'Europe ! Les buts sont différents, le triomphe chez Gance, le souhait d'une mort anonyme chez Guitry, mais les deux scènes procèdent des mêmes cheminements.

La référence avec Sacha Guitry, même involontaire, apparaît dans la distribution, dont Impétueux a souligné les étranges rencontres. Coté Français, Pierre Mondy, Jean Marais, Georges Marchal, Martine Carol, J.L Trintignant, Elvire Popesco ("pourvou que ça doure"), et, par ailleurs, Leslie Caron, Orson Wells, Vittorio de Sica, Jack Palance (!)… Un générique séduisant en apparence, mais déséquilibré et dont rien n'explique les débordements. Dans la fantaisie, Guitry, même avec ses idées, ses interprètes favoris et la pléiade de stars de "Versailles" "Napoléon" et "Paris", d'une manière générale, s'en sortait mieux, et avait fait école. La preuve !

Bref – c'est déjà trop long – "Austerlitz" l'est encore plus, et contre tout attente plus séduisant dans sa première partie de salon, de chancellerie, de bal au Tuileries, d'intrigues de cour, que la seconde partie, voulue, démontrée (mal), et, disons-le, manquée.

Et pour terminer sur une plaisanterie – hors sujet, ce sont les meilleurs – une histoire racontée récemment à la radio valait son pesant d'or. L'auteur d'un Journal à succès, disait avoir connu Elvire Popesco, dont il disait le plus grand bien. Dans la vie elle était comtesse, mariée à un noble sympathique, mais endormi, apathique, qui se traînait derrière elle… Cela lui avait valu le surnom d'Andouille d'Elvire ! Un peu vachard, mais sympathique !


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De Impétueux, le 19 février 2011 à 19:41
Note du film : 3/6

Mon exploration de l'œuvre d'Abel Gance n'ira sûrement pas plus loin et, stupéfait par la médiocrité de Lucrèce Borgia et – plus encore ! – de La tour de Nesle, je ne rehausse pas mon jugement après cet Austerlitz, qui fut un petit succès d'estime mais relégua aussi le flamboyant réalisateur de J'accuse au rang des has been définitifs.

Le meilleur d'Austerlitz, c'est ce qui est le moins Gancien, ce qui, quoi qu'il en ait dit, mais comme l'en charge dans le supplément du DVD, Jean Tulard, à la fois historien de Napoléon Bonaparte et Pic de la Mirandole du cinéma, ce qui, donc, ressemble le plus au passé vu par Sacha Guitry : collection de mots, de scènes obligées par la légende historique, d'acteurs majeurs incarnant de petits rôles : on est servi, là, et ça va même jusqu'à Orson Welles, interprétant Robert Fulton, le génial inventeur étasunien du sous-marin, qui eût pu donner la supériorité militaire absolue à la France ! Mais il y a aussi Martine Carol en Joséphine, la délicieuse Leslie Caron en maîtresse légère, Jean Marais en Lazare Carnot, Vittorio De Sica en Pape Pie VII (Commediante ! Tragediante !), Georges Marchal en Maréchal Lannes, Claudia Cardinale en Pauline Bonaparte (la question des amours incestueuses avec son frère est effleurée), Elvire Popesco en Laëtitia, mère de l'Empereur, et Jack Palance, Michel Simon, Rossano Brazzi

La présence d'acteurs célèbres, le luxe des costumes et des décors, l'ampleur des mouvements de foule, c'est ce qu'il y a de meilleur dans ce genre de coproductions : on en a vraiment pour son argent et il ne manque ni un bouton de guêtre, ni une passementerie d'habit. Ajoutons que Pierre Mondy est un Napoléon plutôt convaincant, au moins autant, et un peu davantage que le Raymond Pellegrin du film de Guitry ou les dizaines d'interprètes qui ont incarné l'Empereur, Daniel Auteuil, Daniel Mesguich ou Rod Steiger… Et que la mégalomanie de Gance, qui prétendait, à grands frais, tourner le Sacre dans Notre-Dame de Paris, contrebattue par le producteur, a donné la scène intelligente et assez émouvante où Philippe de Ségur (Jean-Louis Trintignant), aide de camp de Napoléon, et consigné au Palais, décrit, pour la domesticité frémissante, le déroulement du Couronnement.

Tout ça ne serait pas mal si la deuxième partie du film n'était aussi indigeste et ne le propulsait dans des durées peu convenables (près de trois heures) parce que la bataille est interminablement racontée, dans ses subtilités et ses finesses tactiques, comme si l'on était, en permanence, assis devant sa carte d'état-major ; rien n'est plus difficile à filmer que les batailles, moins les charges, affrontements, actes de bravoure, toujours spectaculaires, que les mouvements de troupe, les marches et contremarches, dissimulations, pièges et prises de position. Il y a des bibliothèques entières qui vous racontent comment la perte de la corne d'un bois, ou la prise d'une crête ont changé la face de la bataille ; hors pour des spécialistes, c'est profondément ennuyeux et peu lisible.

Et ça dure, et ça dure, on descend du plateau de Pratzen, on fracture en les canonnant les étangs gelés pour que s'y noient les Austro-Russes, on y fait étalage de suffisance et d'esprit manœuvrier, sans que ça accroche vraiment. Gance retrouve un instant ses idéaux pacifistes en montrant les horreurs de la guerre (le grognard Alboise – Michel Simon – essorillé, un grenadier à la jambe arrachée, les gisants de la bataille) et achève son film, consensuellement (nous sommes en 1960 !) par une Marseillaise chantée à pleins poumons.

On sait qu'alors ça va s'arrêter ; on n'en est pas mécontent.


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