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Un film froid


De Impétueux, le 30 septembre à 15:06
Note du film : 4/6

On ne va sûrement pas compter Un flic parmi les plus étincelantes réussites de Jean-Pierre Melville et on va même classer le film plutôt en deçà des grandes réalisations policières du cinéaste (je mets à part, à dessein, l'insurpassable Armée des ombres). D'avoir voulu écrire lui-même le scénario et les maigres dialogues lui a été sarcastiquement reproché par José Giovanni, de qui avait été adapté Le deuxième souffle, mais Le doulos, Le samouraï, Le cercle rouge étaient bien de la main de Melville et montraient davantage son immense talent.

N'empêche qu'on peut regretter que sa filmographie s'achève, la mort subite survenant, sur un film qui n'est pas très satisfaisant. Invraisemblance de nombreuses séquences, effacement des personnages, dont aucun n'a de chair ni n'est vraiment caractérisé et – horresco referens – un abus des transparences qui font que quelquefois on pourrait craindre de se retrouver devant un banal Hitchcock. Et aussi, beaucoup d'insuffisances : les dialogues sont abominables (heureusement, il n'y en a pas beaucoup) et les archétypes sont nigauds (Jean Desailly en vieille pédale raffinée, le travelo indic Gaby (Valérie Wilson), amoureux de Delon), et un rôle d'une grande platitude pour Catherine Deneuve, pourtant dans le grand éclat de sa beauté.

Et pourtant, et malgré cela, des constantes qui rendent si attachant et si fort le cinéma de Melville. Par exemple la lumière bleu acier, froide, sévère qui occupe tout le film, qu'on soit au jour, dans les gifles de pluie qui inondent le front de mer de Saint Jean de Monts, lors du hold-up initial ou dans la solitude glacée de la nuit parisienne où tous les égouts de la pauvre humanité débordent et dont les policiers sont les éboueurs, voués à vider sans états d'âme une mer dont le flux indifférent se renouvelle à chaque instant.

Par exemple, aussi, la fascination pour les cabarets où des filles emplumées à jambes interminables dansent devant des clients qui s'ennuient devant leurs seaux à champagne. Et les lourds manteaux ou les trench-coats bien ceinturés des braqueurs. Et la parole rare, avare, même, de tout le monde. Et Alain Delon, à la bouche amère et à l'œil fatigué qui passe comme un fantôme las, sans affection pour personne et encore moins, et surtout pas, pour lui-même. Et encore une action qui s'achève sur les désastres habituels qui ravagent la vie des hommes.

Autrement dit, on retrouve, pour ceux qui aiment ça, le pessimisme fondamental de Melville, son regard désabusé et pourtant fasciné par le fourmillement obstiné, le tremblement inutile de ceux qui mourront demain (Albert Cohen). On ne peut donc que davantage regretter que le commissaire Coleman (Alain Delon) ne soit qu'une ombre sans épaisseur, mâchoires serrées et indifférentes, que Cathy (Catherine Deneuve), sa maîtresse, mais en même temps celle de Simon (Richard Crenna), l'organisateur des casses, ne fasse que passer comme un songe… Et d'ailleurs aussi les personnages secondaires (Crenna, donc, mais aussi ses complices, André Pousse, Michael Conrad, Riccardo Cucciolla) ou l'adjoint du commissaire (Paul Crauchet) soient aussi transparents.

Mais, ne serait-ce que pour la lenteur chirurgicale du hold-up dans le train de nuit lancé dans la campagne et survolé par un hélicoptère (à condition de faire mine de ne pas remarquer que ce sont là des maquettes malhabiles), pour le front de mer gelé de pluie, pour les rues de Paris glacées, vides, hautaines, pour la belle idée de ce banquier licencié, Paul Weber (Riccardo Cucciolla) qui dissimule à sa femme aimante (Simone Renant) qu'il a basculé dans le banditisme et qui, démasqué, se suicide, Un flic, où pas une couleur chaude n'apparaît jamais, est un film qui attache…


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De Verdun, le 23 octobre 2012 à 23:07
Note du film : 5/6

Je réévalue ce film à la hausse suite à re-vision. Film mal-aimé car le cinéaste donnait l'impression de refaire Le cercle rouge et Le samouraï en moins bien.

Si la séquence d'attaque du train est toujours aussi ridicule, du moins pour tous les longs plans d'ensemble du train et de l'hélicoptère dont les effets spéciaux étaient déjà ringards et très sévèrement jugés d'ailleurs en 1972, (notamment quand on la compare avec les cascades du Casse de Verneuil), tout le reste est d'un haut niveau.

S'il n'y avait pas cette séquence, ainsi qu'une toile peinte représentant maladroitement l'arc de triomphe, ce serait peut-être mon Melville favori.

La séquence du hold-up en Vendée est magnifique. La photo bleutée est excellente, notamment le plan où le visage de Delon est plongé dans le noir lorsqu'il discute avec Paul Crauchet. Alain , dans ce qui était alors un contre-emploi est d'une sobriété remarquable, à des années-lumière de la caricature de ses futurs rôles de flic. Dix ans avant Rambo, Crenna a déjà beaucoup de charisme.

On a parfois critiqué le fait que Deneuve n'ait quasiment pas de dialogue mais tout le film est assez taiseux. La fin est réellement émouvante dans sa retenue: j'aime énormément ce dénouement. Tout le film est comme ça: très froid en apparence mais avec des moments d'émotion fugace…


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On demande un DVD et une meilleure maquette !


De YanV, le 9 décembre 2016 à 11:15
Note du film : 5/6

Bonjour,

Le fil de cette conversation date un peu mais comme vous semblez tous être des passionnés de Melville, je vous convie à l'exploration de mon projet Melville, Delon & Co en prévision de l'anniversaire de ses 100 ans l'année prochaine : http://melvilledelon.blogspot.fr
Retour sur l'univers du cinéaste avec photos, objets et images diverses …
Et n'hésitez pas à cliquer sur les onglets pour lire, par exemple, le texte sur le projet.
Bonne découverte à tous.

Y.


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De Nadine Mouk, le 21 janvier 2016 à 10:57
Note du film : 5/6

Je sais que la la Plymouth furry III était une des voitures personnelles de Melville mais vous dire ce qu'elle est devenue ……..


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