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De vincentp, le 21 mai 2010 à 22:37
Note du film : 5/6

Très beau film de Nicholas Ray. Une mise en scène discrète mais redoutablement efficace transforme petit à petit une intrigue policière tristement banale et sordide (caractéristique visiblement assumée) en superbe drame romantique et lyrique, si typé de son auteur. Ray excelle pour décrire des caractères en s'approchant petit à petit des personnages, pour planter un décor physique par des plans larges, pour créer de l'émotion avec une utilisation très judicieuse de l'excellente bande sonore de Bernard Hermann… Mais Ray joue également sur le rythme du récit, alternant des séquences déroulées à pleine vitesse et d'autres passages très lents (les déplacements feutrés et millimétrés de l'aveugle), un contraste rythmique générateur d'émotion.

Comme pour Les amants de la nuit, le cinéaste délaisse l'intrigue policière pour se focaliser sur la psychologie des individus, montrer l'évolution de celle-ci. Au final, la superposition de plusieurs voix-off appartenant à différents personnages traduit les conclusions des pensées du personnage principal.

Comme pour La fureur de vivre émerge au fil des développements ce qu'on a pu appeler une "poésie cosmique". Le flic aux méthodes musclées met fin à son isolement mental et physique dans un endroit reculé et isolé de la civilisation, en pleine nature sauvage et désertique, ou il redécouvre certaines valeurs humanistes (assistance aux plus faibles,…). Poésie cosmique, aussi et peut-être, parce que les personnages semblent progresser à toute vitesse dans un environnement naturel immense, comme dotés de pouvoirs surnaturels ou chaussés de bottes de géants… Mais Ray exprime aussi in fine sa confiance dans la capacité des uns et des autres à vivre au sein de ce type d'environnement, par un état de concorde sociale généré par le dépassement de soi, et par le franchissement d'obstacles physiques symboliquement représentés par du fil barbelé…

Ce long-métrage est enfin resté très moderne, grâce à une excellente direction d'acteurs (Ida Lupino et Robert Ryan tout particulièrement). Un très agréable et émouvant moment en compagnie de ces acteurs, de mon point de vue. Je rapprocherais La maison dans l'ombre de Le fleuve sauvage de Kazan : un cinéma peu spectaculaire, mais porteur de beaucoup d'idées, et d'images fortes, que le spectateur apprivoisé aux thèmes et au style du si génial Nicholas Ray, conservera en mémoire bien après la conclusion de ce récit.

Nb : un film découvert par hasard aujourd'hui au cinéma Action Christine : je voulais voir La Fille de la Cinquième avenue mais m'étais trompé de jour… C'était ce soir La dame du vendredi (déjà vu et revu), et donc La maison dans l'ombre. Le hasard fait parfois bien les choses. En dvd, La maison dans l'ombre, c'est bien ; sur grand écran, c'est encore mieux (meilleure immersion dans cette atmosphère à la fois noire, poétique, et onirique).


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De Gaulhenrix, le 7 mai 2007 à 01:22

Une superbe analyse, Jubowski, d'un film que je ne connais pas, mais que je vais m'empresser de découvrir suite à votre texte ! Félicitations, vraiment, et à bientôt de vous lire.


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