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Ava est l'Ange pourpre !


De DelaNuit, le 3 juillet 2015 à 17:27

Ca y est, j’ai enfin pu visionner L’ange pourpre, que je souhaitais voir depuis 25 ans ! C’était une version en VO non sous-titrée… donc j’ai du perdre quelques subtilités dans les dialogues, mais tout de même, j’en suis bien content (en attendant la sortie d’un dvd digne de ce nom avec au moins des sous-titres).

A dire vrai, je craignais un peu de tomber sur un navet car les critiques lors de la sortie en 1960 avaient été plutôt mauvaises. J’ai été agréablement surpris. Le film n’est pas un chef d’œuvre mais il est tout à fait regardable. Sans doute, le scénario souffre de quelques faiblesses ou ellipses, notamment l’histoire de l’ampoule sainte contenant le sang de Saint-Jean, après laquelle tout le monde semble courir, et qui aurait sans doute pu être mieux utilisée.

Mais ce n’est pas bien grave tant le couple vedette crève l’écran, et c’est lui l’intérêt principal du film : Dirk Bogarde tout en retenue et sensibilité dans son rôle de prêtre récemment défroqué, en quête de sens et de réponses au milieu de la guerre civile espagnole… et bien sûr Ava Gardner parfaitement à sa place dans ce rôle d’entraineuse de cabaret entre deux âges amoureuse de celui-ci sans oser vraiment y croire. L’ange pourpre fait partie de ces rôles où on n’a pas l’impression qu’elle joue la comédie mais plutôt qu’elle incarne le personnage comme un autre elle-même, hésitante ou passionnée, toujours à fleur de peau.

Le contexte de la guerre civile espagnole fait partie de son univers (il en est question dans La comtesse aux pieds nus et Les neiges du Kilimandjaro) et de celui de son grand copain « Papa Hemingway » pour qui elle représentait la quintessence de la Femme. Le personnage de correspondant de guerre interprété par Joseph Cotten semble d’ailleurs être une référence à Hemingway lui-même (personnage sans doute sous-employé, lui aussi).

On a beaucoup dit à l’époque qu’Ava avait commencé à vieillir et que les spectateurs ont boudé le film pour cette raison (terrible machisme du cinéma !) Pourtant, je trouve que l’âge la rend de plus en plus touchante… Il semble surtout à la lecture des critiques d’alors que le propos de l’œuvre ait déplu. Je comprends pourquoi maintenant : l’univers décrit est tout en demi-teintes, sans manichéisme. Le prêtre comme la cabaret-girl ne remettent jamais en question leur croyance en Dieu mais se montrent critiques, méfiants et déçus devant l’attitude des représentants de l’Eglise. Ils ne sont donc ni de bons fidèles ni des anticléricaux, mais des personnes qui s’interrogent librement. De même, aucun des deux camps n’est présenté comme le bon ou le mauvais. Les individus font ce qu’ils peuvent et le peuple est présenté comme la victime de la guerre civile, quel que soit ceux qui tiennent les fusils. Cette approche était visiblement trop moderne pour le public de l'époque, qui souhaitait des positions claires et tranchées.

Du point de vue de la réalisation, Nunnaly Johnson lorgne vers le néoréalisme italien, aidé en cela par le noir et blanc de la pellicule, le tournage en Italie et la présence de Vittorio de Sica en général espagnol. Mais la MGM n’osa pas s’aventurer trop loin sur ce terrain, imposant de retourner certaines scènes, de remaquiller et re-costumer Ava pour la rendre plus glamour qu’initialement prévu, et remontant le film selon des critères plus commerciaux, ce qui explique peut-être certaines faiblesses du scénario. Le produit final est hybride mais non dénué d’intérêt. C’est un film qui à mon avis mérite d’être redécouvert et de se voir offrir une sortie dvd.

Petite curiosité : dans le rôle d’un jeune capitaine, Nino Castelnuovo porte sur le gâchis de la guerre civile un regard triste et désabusé où l’innocence de la jeunesse est mise à mal. Est-ce en le voyant dans cet uniforme que Jacques Demy eut l’idée de l’embaucher pour interpréter dans Les parapluies de Cherbourg l’amoureux de Catherine Deneuve qui doit la quitter pour partir faire la guerre en Algérie ?


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De DelaNuit, le 25 novembre 2009 à 17:55

Merci Droudrou ! Donnons leur chance aux films qui s'aventurent hors des sentiers battus… même quand ils ne sont pas des chefs d'oeuvre !


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