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L'araignée n'est plus dans le placard


De Impétueux, le 24 juillet 2017 à 20:11
Note du film : 2/6

Les histoires de bestioles devenues géantes et agressives à la suite de mille causes, naturelles ou humaines sont un terreau assez riche du cinéma de terreur, mais d'une épaisseur tout de même assez limitée : une fois que la créature gigantesque s'est révélée, a démoli quelques immeubles et zigouillé quelques personnages, on ne sait plus trop qu'en faire et l'intérêt ne se porte plus que sur la façon dont on va s'en débarrasser ; on me dira, avec quelque pertinence que c'est, d'une façon générale, le cas des films où des créatures malfaisantes – vampires, goules, lamies, sorcières, voire tueurs en série – s'attaquent aux braves gens, en déciment quelques uns et en terrorisent des quantités, mais ces derniers films comportent le plus souvent un épice supplémentaire : le Mal et ses perversions. Alors qu'avec les animaux, fussent-ils les plus affreux ou les plus répugnants, on n'est que dans une sorte de processus naturel, les bêtes se contentant le plus souvent d'agir comme leur nature ou leur corpulence nouvelle le leur prescrit (j'espère, sans en être certain, avoir été clair).

Toujours est-il que les histoires de mutations horrifiques entraînées par des expérimentations scientifiques douteuses ou mal maîtrisées sont sans doute connu leur âge d'or lors des premières années de la Guerre froide, période historique dominée par la crainte absolue et totalement irrationnelle (mais on ne s'en rendait pas compte) du conflit atomique dévastateur porteur d'abominations génétiques. Le monde entier vivait dans cette angoisse (qui n'était, il est vrai, pas tout à fait injustifiée pour le Japon, grand amateur de Rodan et de Godzilla pour des raisons qu'on comprendra aisément).

On peut coupler cette forme d'anxiété permanente avec celle de l'irresponsabilité des savants inconscients ou démoniaques, simplement animés par paranoïas et mégalomanies, apprentis sorciers capables de mettre en péril l'Humanité toute entière pour aller jusqu'au bout de leurs délires. Remarquez bien qu'avec les actuelles recherches sur le transhumanisme, on n'est pas si éloigné de ces cingleries : vieille tentation prométhéenne de se mettre à la place de Dieu ; (mais ceci est une autre histoire).

D'autant que, dans Tarantula, les objectifs des trois savants qui se sont attaqués à la tâche de découvrir et de fabriquer un substrat susceptible de faire démesurément grossir les animaux ne sont pas médiocres : il s'agit tout simplement de répondre aux besoins nutritifs d'une humanité en pleine expansion démographique et de résoudre la question de la faim dans le monde. Carrément ! Mais on ne sauve pas le monde sans casser des œufs (passez moi cette image hardie) et le nutriment magique a, sur les humains des conséquences effroyables ; les savants devenant fous, une bagarre entraîne l'évasion d'une araignée énorme qui va grossir de plus en plus et terroriser la petite ville de l'Arizona où les expériences étaient menées. Quelques épisodes affreux plus tard, la bête est abattue par l'U.S. Air Force, qui joue le rôle que jouait jadis la Cavalerie dans les westerns et qui l'arrose de napalm comme un vulgaire Vietnamien. Fin de l'horreur.

Bon, c'est vrai, je me moque un peu ; pourquoi ? un film de série B doit être bien assis sur son sujet et le présenter au premier degré au spectateur qui ne demande que ça ; de ce point de vue, Tarantula est plutôt réussi ; le jeune médecin courageux, Matt Hastings (John Agar, insignifiant), l'étudiante en biologie qui découvre les errements scientifiques (Mara Corday, extrêmement gironde), le malheureux professeur Deemer rattrapé par sa folie expérimentale (Leo G. Carroll) et même le shérif idiot (Nestor Paiva), tout ce monde joue le jeu avec vivacité.

Quant à la tarentule échappée, qui est l'exclusif intérêt du film, elle est suffisamment spectaculaire pour inquiéter ici et là le spectateur qui la voit surgir. Mais qui sait aussi que lorsque le scénariste le voudra, elle sera renvoyée ad patres. Ah mais !


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