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Rêve de coffret : un triple Folco Lulli


De Nadine Mouk, le 6 juillet 2017 à 06:02
Note du film : 4/6

Pour dire le vrai, j'avais gardé de ce film un souvenir beaucoup plus âpre, plus cruel. Il faut dire que que je ne l'avais pas revu depuis une lurette de belle taille et de plus, vu en noir et blanc. Et voilà que la Gaumont nous le restitue enfin, en couleurs et quelles couleurs ! Longtemps j'ai souhaité, apparemment comme beaucoup ici, que ce film réapparaisse au bout de la nuit dans laquelle il était plongé. Dire que j'ai été déçue serait mentir et exagéré. Mais qu'il est long à démarrer ce film ! Je ne me souvenais pas que plus de la moitié était consacrée à une partie de cache-cache entre les deux principaux protagonistes, l'inquiet repentant Curd Jürgens et l'énigmatique Folco Lulli. Dans une Beyrouth pas encore divisée par les musulmans et les chrétiens, écrasée sous une chaleur accablante, se joue un drame qui pourrait avoir lieu aujourd'hui même, les mentalités médicales n'ayant guère changé. Cayatte nous a habitué, bien plus tôt, à trancher dans le vif très vite. A tort ou à raison. Ici, il laisse l'intrigue se distiller lentement, peut-être un peu trop. Dans les couleurs chatoyantes de la capitale du Liban, sous un ciel d'un bleu parfait, il nous fait languir. Va t-il finir par se venger, cet homme rude, presque analphabète, magistralement interprété par Folco Lulli ? C'est qu'il était terrible dans mes souvenirs. Pour l'instant, il est serpent qui rôde… Assez pour inquiéter un Curd Jürgens conscient d'avoir failli et trahi le serment d'Hippocrate, mais bien trop débonnaire avec le responsable de sa douleur rentrée. Le film semble s'étioler quelque peu. Nous interrogeons notre mémoire : est-ce bien ce film que j'avais vu et qui m'avait tant emballée ? On a même l'impression, à plusieurs reprises que le grassouillet Bortak va pardonner …

C'est mal connaitre Cayatte ! La vengeance est un plat qui se mange…. glacé pour le coup. A moitié film, il met fin à notre impatience, à notre attente malsaine. Il fait de nous des voyeurs qui se régalent, salauds que nous sommes, mais heureux de savoir que le docteur Walter va payer. Et voilà enfin les étendues désertiques qui hantaient notre mémoire. Oui, c'est bien ce film que j'avais vu. Le désert, l'arme de Bortak, va se révéler assassin pour qui n'est pas de la région. Et le docteur Walter est plutôt du genre pâlichon, lui qui est venu dans ce Liban pour faire acte de dévouement auprès des plus pauvres. Comment sont-ils arrivés dans ce désert tous les deux, je dois dire que les raisons ne doivent pas être trop fouillées . Elles risqueraient de franchement gâcher le reste du film. Nous dirons que c'est léger et quelque peu tiré par les cheveux … Mais voilà que de ce désert surgit un huis-clos très, trop ensoleillé entre deux acteurs magnifiques. Ils sont carrés tous les deux. Rigides et absolus ! C'est le jeu implacable du chat et de la souris . Bortak garde à vue Walter qui essaie tant bien que mal et mourant de soif, d'expliquer l'inexplicable à son bourreau que ni la soif ni la chaleur torride ne semble atteindre. C'est, et ce n'est que cette partie du film qui nous prend vraiment. Nous n'avons aucune pitié pour ce toubib qui fut indifférent à la détresse de cet homme rustre qui pourtant savait conjuguer le verbe aimer. Et nous nous armons de sympathie pour ce bonhomme buriné par le soleil qui va au bout de sa terrible vengeance. Les deux acteurs sont parfaits. Le désert fait le reste. On s'y sent fort bien dans ce film. Mais ….

Mais seraient-ce les couleurs diaprées, étincelantes, qui nous enlèvent un peu de dramaturgie ? Le noir et blanc n'était-il pas mieux adapté à ce genre de road-movie vengeur ? Bien sûr, on y croit. On crève de chaud et de soif avec eux. Pour autant, notre mémoire nous aurait-elle menti ? Ce n'est plus pareil. Plus vraiment pareil… Les dialogues de Vahé Katcha, auteur du roman éponyme, semblent bien plats tout à coup. On sent que Lulli et Jürgens en rajoutent dans la mimique pour combler un peu le vide de l'écriture. Le film, aussi bon soit-il, nous semble bien plus doux dans son ensemble que ce qu'il était dans la nuit des temps. Une certaine magie diabolique a disparu. Il est vrai que depuis la sortie du film et sa première vision, beaucoup d'eau est passée sous les ponts de l'horreur. Nous avons changé… Cayatte aussi peut-être. Après Justice est faite , Nous sommes tous des assassins , Le miroir à deux faces, le cinéaste coupant va entrer dans une période peut-être moins convaincante sans être doucereuse pour autant. Oeil pour oeil est un excellent film. Mais le revoir aujourd'hui, c'est un peu comme revoir un ancien amour de vingt ans en faisant confiance à notre mémoire. Hélas, "Quelque chose a changé pendant que nous passions…."


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De yben27, le 7 septembre 2013 à 17:43

Tout à fait d'accord! Moi aussi j'aimerais énormément retrouver ce film!


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