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Tiens ! Revoilà Curzio Malaparte...


De rafalk, le 4 avril 2017 à 09:27

Quel manque de hauteur de vue…


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De Arca1943, le 19 août 2011 à 01:51
Note du film : 3/6

Comme l'année dernière et celle d'avant, j'ai reçu pour mon anniversaire une petite pile de DVD italiens venus d'Italie avec sous-titres en italien seulement (sauf que celui-ci a aussi des sous-titres anglais, fruits d'une tentative d'exportation aux USA).

La première chose que l'on aperçoit sur l'écran c'est : "Un film di Curzio Malaparte". Évidemment. Scénario ? Curzio Malaparte. Musique ? Curzio Malaparte. Et à la fin du générique : un film réalisé par Curzio Malaparte. Juste au cas où on l'aurait manqué.

Je remercie la madonne que Malaparte ne se soit pas en plus mis en tête de faire l'acteur (mais il le fit quelques années plus tard, pour sa revue de music-hall Sexophone).

Heureusement, et malgré la joie de notre auteur de répéter le plus souvent possible ses deux mots préférés de la langue italienne ("Curzio" et "Malaparte"), la Medusa a flanqué Malaparte de solides gens de cinéma comme Umberto Scarpelli à la production et Gabor Pogany à la photographie, qui est souvent splendide.

Le Christ interdit n'est pas un bon film, et je le savais avant de mettre la main dessus. Il s'agit d'une curiosité, d'un échec intéressant, et aussi d'une rareté.

Parmi les bons côtés du film : c'est un film très toscan (comme l'était Malaparte) et la population locale s'est donnée à fond dans les quelques grandes scènes de foule, notamment la très étrange séquence du "jeu de la croix" – jeu animé par un Gino Cervi presque méconnaissable (et où on saisit le sens du titre). Il y a un aspect "moeurs et coutumes" assez étonnant, qui se pointe le nez en diverses occasions.

Très toscan, donc, et soit le réalisateur ou ses collaborateurs ont fait un boulot splendide pour les repérages, particulièrement cette zone désolée et pelée, quasi lunaire, où se jouent le début et la fin du film.

Des acteurs de valeur ont dû se débrouiller pour tirer ce qu'ils pouvaient de personnages "emblématiques" pas très bien définis. Raf Vallone, monolithique et taciturne ; Alain Cuny, tourmenté et exalté ; l'étonnant Gino Cervi, dans un petit rôle inhabituel ; Anna-Maria Ferrero, qui en met un peu beaucoup en écorchée vive. Et ma belle surprise, c'est que la moins "star" du casting, Elena Varzi, est celle qui s'en tire le mieux, grâce à son beau regard grave et son absence de chichis, dans le rôle d'une femme malmenée par la guerre.

Le propos même du film est confus, malgré la claire référence au "Christ" qui veut dire ici surtout l'innocent qui paie pour les coupables. Tout le monde dans le village sait qui a "donné" le frère de Raf Vallone aux Allemands, et personne ne veut le lui dire lorsqu'il revient vivant de Russie. Chaque fois qu'il se pointe quelque part – au café, sur la place du village, chez de vieux amis qui ne l'attendaient plus – le malaise s'installe. Ce qui est réussi (et relativement clair) dans le propos, c'est que ce qui semblait au départ l'opposition entre un "vengeur" au coeur pur et des villageois veules et hypocrites se renverse graduellement en conflit entre un belliqueux pour qui la guerre continue et ceux qui aspirent à la paix, qui répugnent à voir le sang couler de nouveau, qui en ont marre de toute cette violence.

C'est un bon thème, malencontreusement développé par un monsieur qui reste jusqu'au bout des ongles un écrivain : la narration qui ouvre le film est artificielle et verbeuse, les dialogues sont souvent sentencieux et lourds (il y a des limites à ce que de bons acteurs peuvent faire pour sauver le film !), le résultat d'ensemble est bien plus mélodramatique que tragique et le finale déclamatoire sombre dans le ridicule.

N'empêche, je suis bien content d'avoir vu ça et en fait, je ne me suis pas ennuyé. C'était une expérience spéciale. Et puis cette Toscane non-touristique de 1950 est superbe, et j'ai enfin un film dans ma collection où apparaît Elena Varzi (madame Raf Vallone à la ville, et toujours avec nous soit dit en passant).

Et la bonne nouvelle, c'est que l'échec cuisant du film, même s'il n'avait pas coûté très cher, barra durablement la route des studios à Malaparte, ce qui l'obligea à continuer de faire l'écrivain !


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