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Des rêves et des hommes


De DelaNuit, le 29 février 2016 à 16:44
Note du film : 4/6

Amusante reconstitution du quotidien d’un grand studio de cinéma au début des années 50, avec l’élément comique né de la confrontation entre l’illusion sublimée sur l’écran et la réalité prosaïque des tournages et des acteurs dont la classe ou le sérieux sont aussi factices que les décors.

George Clooney s’amuse visiblement à camper un clone de Robert Taylor dans Quo vadis ? pour un péplum biblique inspiré de ce film ainsi que de Ben-Hur et La tunique. Scarlett Johansson prend aussi visiblement plaisir à camper une naïade de « musical » aquatique du type Esther Williams dans Le bal des sirènes, avec dans la vie une personnalité bien trempée du type « avagardnérien. » Channing Tatum ne manque pas de talent dans son numéro acrobatique en marin de comédie musicale du type Gene Kelly dans Escale à Hollywood ou Un jour à New-York, avec un clin d’œil à l’attitude interlope des marins qui regrettent l’absence des femmes dans leur quotidien mais savent aussi très bien s’amuser entre eux. Alden Ehrenreich s’en sort parfaitement en cow-boy mal dégrossi soudain promu jeune premier de comédie dramatique malgré son manque d’habitude dans la diction adéquate.

Ralph Fiennes campe un réalisateur crédible et Josh Brolin tire son épingle du jeu en homme de main du patron du studio chargé de veiller au bon déroulement du business de la machine à rêve en réglant tous les problèmes possibles et imaginables et en évitant surtout que les affaires glauques dans lesquelles trempent les vedettes ne tombent sous les yeux des commères de la presse people hollywoodienne (mention spéciale pour Tilda Swinton dans un double rôle). Son personnage est inspiré de l’homme de main de la MGM – dont Ava Gardner affirma que Edmond O’Brien campait un clone très ressemblant dans La comtesse aux pieds nus) et même si le trait est grossi, on sent bien que tout cela n’est pas toujours si loin de la réalité…

Bien sûr, la façon dont nous sont montrés les films des années 50 est elle aussi exagérée. Dans la réalité, Quo Vadis ou Ben-Hur sont tout de même autrement plus subtils que les scènes ici parodiées…

Au-delà de ces éléments de reconstitution d’une époque avec son atmosphère et de l’humour pas toujours fin qui s’en moque joyeusement, le film constitue manque peut-être un peu de souffle mais offre une intéressante mise en abîme : les studios sont une usine à rêve qui met en scène avec panache de grandes illusions populaires telles que les croyances religieuses (la discussion de Mannix avec les représentants des grandes religions américaines sur la crédibilité du personnage du Christ dans le péplum en tournage est éloquente). Mais même ceux qui critiquent ce monde factice des studios à la solde du capitalisme au nom de nouveaux idéaux tels que le communisme ne s’affranchissent d’une illusion que pour tomber dans une autre, qui les soumet tout autant (scène explicite des hommes en barque conduisant leur chef vers le sous-marin soviétique).

L’illusion d’une nouvelle religion dans le péplum en tournage est ainsi ouvertement mise en parallèle avec l’illusion d’un nouveau système politique. On en arrive à ne plus très bien savoir si les chœurs de la bande son renvoient aux miracles divins des péplums ou aux chants l’armée rouge vantant le miracle soviétique ! Au fond, et c’est bien là le message du film qui nous est clairement rappelé, « les hommes ne veulent pas savoir, ils veulent croire. » Croire en un dieu, en un homme, en un système ou en une politique, en leur grandeur ou leur utilité mais croire… Au milieu de cette foire aux illusions, celles que nous offrent le cinéma sont peut-être finalement les moins pires puisque le septième art, au moins, s’affiche ouvertement comme une usine à rêves…


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