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De vincentp, le 25 août 2007 à 10:08

A noter que la Cinémathèque française propose à Paris en cet automne 2007 une rétrospective intégrale de l'oeuvre de Sacha Guitry, accompagnée de conférences dédiées à cet auteur.


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De Impétueux, le 24 août 2007 à 19:26
Note du film : 5/6

Pour être objectif (mais doit-on l'être ?), il faut bien admettre que La vie à deux, œuvre posthume de Sacha Guitry n'a de séduction et d'intérêt que pour ceux qui ne peuvent résister au charme extrême de l'artiste et qui s'y complaisent même avec volupté, ce qui est exactement le cas de Sépia et de votre serviteur (et, tout de même d'un grand nombre d'internautes de DVD Toile).

En d'autres termes, il ne faudrait pas que l'habituel dénigreur de Guitry dissimulé sous le trouble pseudo de RdeT vienne là-dessus nous chercher des noises : il y a un traitement de faveur pour Guitry qui n'entre pas dans le domaine de l'objectivité. Et c'est une côte d'amour parfaitement subjective, adornée d'une certaine mauvaise foi qui me fait décerner un 5 à ce film, dans une échelle de valeur purement guitryomaniaque, sans rapport avec d'autres notations.

Sépia a fort bien écrit à la fois ce qui manque dans La vie à deux (c'est un peu comme un château d'Écosse : on y sent la présence du fantôme, derrière les mots, les attitudes, les situations, mais on ne le voit jamais) mais aussi ce qu'il y a : un tourbillon de scènes brillantes et d'acteurs souvent excellents, au service du plus spirituel et virevoltant auteur français.

Naturellement, c'est cousu de bric et de broc, et le meilleur côtoie le moins bon, voire le pire : mais même dans le pire (le premier sketch, avec l'épouvantable gugusse Jean Richard, son grasseyement ridicule, sa vulgarité faciale), il y a du meilleur (dans ce même sketch, l'intervention de Jane Marken, toujours aussi formidablement exaspérante).

Le lien entre les épisodes est assez convenu et funambulesque : le grand auteur de théâtre Pierre Careau (Brasseur qui a pris avec volupté le poste de Guitry), à bout de souffle, indique qu'il léguera sa fortune à un des couples parfaitement heureux qu'il a jadis et naguère mis en scène en s'inspirant de leur bonheur. Si ces couples ne sont plus parfaitement unis, l'héritage ira à son éditeur, Sauvage, ou au directeur du théâtre et meilleur ami, Vattier (Jean Tissier). Deux ahuris, Pommier et Santis (Christian Duvaleix et Jacques Jouanneau) sont chargés des constatations.

On le voit, le fil est ténu, mais il permet, donc, de réaliser quatre histoires qui ont chacune un certain charme. Si Lilli Palmer est bien belle, dans la deuxième – qui pourrait être intitulée Duplicité des femmes, muflerie des hommes – et si Jacques Morel incarne parfaitement un ministre de la IVème suffisant et insuffisant, l'anecdote souffre de la présence de deux des plus épouvantables acteurs que le cinéma français ait jamais compté : Gérard Philipe et Jean Marais. C'est pitié de voir cabotiner ces deux emplâtres-là, les entendre employer les mots écrits par Guitry, et même, pour Philipe de tenter d'imiter son si particulier phrasé…

Le troisième récit est, il me semble, d'assez loin le meilleur : c'est en tout cas un dialogue en feu d'artifice, brillantissime, éclatant, d'un ton très 18ème, parfaitement immoral et gracieux. Il est vrai qu'il est servi par trois excellents acteurs : Robert Lamoureux, qui était drôle tant qu'il ne se mêlait pas de filmer je ne sais quelle Compagnie, Pierre Mondy, qui joue les porteurs de gros sabots avec une grande finesse et surtout la sublime Danielle Darrieux ; depuis Le plaisir et ses trente-cinq ans, depuis Madame de, depuis Pot-Bouille, elle est l'actrice la plus séduisante, la plus élégante, la plus ravissante du monde et elle le restera, dans tout l'éclat de sa quarantaine, bien après Marie-Octobre. Chez Guitry, elle est parfaite de rouerie et d'élégante perfidie. Une merveille.

La quatrième anecdote, qui réunit Fernandel – qui a l'air de s'amuser beaucoup, et qui est bien amusant, moins gesticulant et grimacier que trop souvent – et la charmante Sophie Desmarets qui, tout de même, depuis 120, rue de la Gare et Femmes de Paris, commence à s'empâter. Mais il y a aussi l'excellente rondeur de Robert Manuel et la distinction de Madeleine Lebeau, embourgeoisée depuis le délirant Paris chante toujours, ce quatrième sketch – une histoire de substitution volontaire d'enfant – est parfaitement invraisemblable et porte une conclusion édifiante un peu nunuche.

Le moins bon est malheureusement la fin du film : Carreau (Brasseur, donc), in articulo mortis, fait appeler à son chevet Françoise, la femme qu'il a toujours aimée (rien moins qu'Edwige Feuillère), et qui l'a quitté pour Michel Sellier (Ivan Desny) ; sur son lit de souffrance, Carreau révélera à Françoise certaines manigances peu ragoûtantes qui la pousseront, le matin venu, à quitter son nouveau mari. Outre que la différence d'âge (15 ans !) entre Feuillère et Desny est visible comme le nez au milieu de la figure, c'est larmoyant, psychologiquement médiocre et bien peu brillant.

Mais bon : je l'ai dit au début de ce trop long message : La vie à deux n'est regardable que par des amateurs absolus du Grand Maître, qui y trouveront comme un écho affadi, mais aimable d'une longue vie de plaisirs…


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