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Critique


De dumbledore, le 11 novembre 2004 à 12:31
Note du film : 6/6

Avec Miss Oyû, Kenji Mizoguchi traite de nouveau de son thème récurrent de la condition de la femme dans le Japon. Shinnosuke doit choisir une épouse. On lui présente des prétendantes et il tombe sous le charme non pas d'une des prétendantes, mais de la soeur de celle-ci : Miss Oyû, veuve et mère d'un enfant. Elle tombe également sous le charme du jeune homme seulement elle ne peut se remarier car étant mère d'un jeune enfant elle appartient encore à la maison de son mari. Shinnosuke décide d'épouser Shizu qui, consciente de l'amour qui unit son mari à sa soeur, décide de garder le mariage blanc et de s'effacer.

Kenji Mizoguchi trouve dans le roman de Junichirô Tanizaki une histoire à la fois très simple et très riche dans les relations humaines qui relient les personnages. Pour une fois, un portrait masculin est brossé (on a souvent une absence de personnification des hommes, réduits à une simple sphère de

personnages) et il est évidemment peu flatteur : amoureux, mais lâche, incapable de s'opposer pour sauver celle qu'il aime. Il accepte avec faiblesse le statu-quo qui ne pourra évidemment pas durer. Chaque fois qu'une pression, qu'une tension naît, il n'arrive qu'à baisser la tête et attendre que ça passe. Kenji Mizoguchi l'infantilise avec conscience puisque Shinnosuke est sans mère et voit clairement en Miss Oyû plus une mère qu'une femme. Le rapport entre les deux soeurs est lui aussi très joli, très doux également, toutes deux souffrants finalement d'une situation dont elles sont toutes deux victimes. Il y a au fond une sorte de tragédie dans ce film, aussi bien dans l'histoire qui avance avec une vitesse constante vers son dénouement qu'on sent être incontournable. Mais il y a également de la tragédie dans les trois personnages qui possèdent chacun en eux la cause du désastre à venir. Lâcheté pour Shinnosuke, amour pour Miss Oyû et abnégation pour Shizu.

Kenji Mizoguchi offre à ce film une mise en scène toujours aussi maîtrisée, très en retenue, racontant ce drame en posant un regardant analytique sur les passions humaines en jeu. De nouveau, il recourt à des plans très en longueur. L'un d'eux mérite d'être particulièrement appuyé. Il se situe à 33 minutes d et dure 7 minutes. Pendant ces 7 minutes, tout bascule. On commence par le mariage, on a la confession de Shizu qui annonce à Shinnosuke (qui n'en était pas sûr) que Miss Oyu est amoureuse de lui, annonce qu'elle sait que lui aussi est amoureux d'elle et va jusqu'à cette extrémité comme quoi elle refuse de se considérer comme sa femme, que sa vraie femme sera sa soeur. Tous ses retournements de situation permettent de passer dans une seule unité de plan à deux contraires: marié à Shizu en début de plan, il se retrouve marié à la soeur de Shizu à la fin du plan. Du grand art.


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