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Noirceur rare...


De Impétueux, le 12 septembre 2014 à 14:15
Note du film : 5/6

Du roman foisonnant d'Émile Zola, septième titre (sur vingt) et premier grand succès du cycle des Rougon-Macquart, René Clément a tiré un film de grande qualité, dont on peut toutefois regretter l'édulcoration par rapport à l’œuvre originelle ; et ceci bien que les adaptateurs soient Pierre Bost et Jean Aurenche à qui la cruauté et la méchanceté n'aient jamais fait défaut.

Vous trouvez Gervaise édulcoré par rapport à L'assommoir ? vont sans doute se récrier ceux qui n'ont jamais lu le livre de Zola ou n'en conservent qu'un souvenir scolaire (comme si on ne pouvait pas lire et relire les classiques à tout âge !)… Eh oui… malgré une approche réaliste, malgré une grande qualité d'interprétation, malgré l'audace de certaines scènes (Coupeau – François Périer- ronflant dans son vomi), malgré le regard pathétique de la petite Nana (Chantal Gozzi) sur sa mère en train de sombrer dans l'alcool, regard qui porte à la fois toute la tristesse, mais aussi toute l'indifférence du monde, je tiens que Gervaise pouvait aller plus loin.

Essentiellement parce que René Clément présente son personnage, idéalement interprété par Maria Schell, comme une sorte de pauvre victime courageuse du mauvais sort et de la malfaisance des hommes et de l'époque. Zola, lui, n'a pas beaucoup de sympathie pour Gervaise, sans doute dure au mal comme une bête de somme, mais caractère faible, médiocre, lâche, prompte à la veulerie et à l'alcoolisme ; une femme qui se laisse facilement aller, grossit, s'enlaidit en cédant à sa propre pente. Et aussi parce qu'il introduit un bout de critique sociale, alors que le roman présente avec une égale laideur possédants et prolétaires. En somme L'Assommoir n'est pas un mélodrame, mais Gervaise l'est un peu et vient faire un peu de retape vers l'émotion et la larme compatissante.

Cela n'est critique qu'en parallèle à un livre que j'apprécie particulièrement. Et Gervaise est un film magnifique, réalisé avec un immense brio par René Clément dont on s'étonne toujours qu'il ne soit pas spontanément cité parmi les très grands noms du cinéma français – du cinéma mondial – du dernier demi-siècle (deux Oscars, pour Au delà des grilles et Jeux interdits, un Lion d'Or pour de dernier film, un BAFTA pour Gervaise) ; la haine que lui portaient Les Cahiers du cinéma, et particulièrement François Truffaut y sont sûrement pour grand chose, le terrorisme intellectuel étant particulièrement bien porté dans la France des années 50 à 80…

On comprend d'ailleurs cette aversion : il y a dans Gervaise des tas de choses que les petits marquis qui voulaient se faire une place au soleil détestaient tout particulièrement : le tournage en studio (et là, ils n'avaient pas toujours tort, certains décors faisant un peu carton-pâte), mais aussi la composition du film autour de morceaux de bravoure (en vrac, ici, la visite des noceurs au Musée du Louvre, le banquet autour de l'oie grasse, la scène de delirium tremens de Coupeau) et la part prépondérante donnée aux acteurs.

Sous réserve de ce que j'ai écrit plus avant, Maria Schell est une Gervaise idéale, grâce à son sourire timide, son visage déjà un peu fané, déjà vaincu, à une chair pauvre qu'on devine travaillée par sa lourde hérédité alcoolique et par la chienne de vie. Armand Mestral, qui joue Lantier, le premier amant de Gervaise et le père d'Étienne (qu'on retrouvera dans Germinal) et de Claude (L’œuvre) a l'exacte veulerie qu'on peut prêter à pareille canaille (au fait, je ne compte pas le troisième fils, Jacques (La bête humaine) que Zola n'avait pas encore inventé lorsqu'il a écrit L'Assommoir). François Périer est absolument parfait en Coupeau, le brave ouvrier couvreur qui, après être tombé d'un toit, sombre dans le pire alcoolisme. Et beaucoup d'autres encore, Micheline Luccioni, grande fille excitée, Hubert de Lapparent, Jany Holt, bijoutiers en chambre parcimonieux, Mathilde Casadesus, concierge tour à tour mielleuse et odieuse…

Et puis la grande Suzy Delair, Virginie fessée par Gervaise dans la grande scène du lavoir et qui, devenue la femme du solennel sergent de ville Poisson (Lucien Hubert) va la poursuivre de sa haine… Il me semble que le film lui donne un rôle bien plus important qu'elle n'en a dans le roman, mais cette accentuation est un vrai bonheur : séduisante, méchante, envahissante, elle fait passer sur son visage en simple clignement d’œil tant et tant de choses… Je lis aujourd'hui qu'à 96 ans, elle est toujours vivante, alors que je la croyais morte…

Je vous demande bien Pardon, Madame ; d'ailleurs Mila Malou et Jenny Lamour ne peuvent pas mourir. Et Virginie Poisson pas davantage.


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De Impétueux, le 14 décembre 2011 à 22:53
Note du film : 5/6

DelaNuit évoquait évidemment Les frères Karamazov, et non le Gervaise de Clément, dont l'édition DVD est mentionnée sur le site.


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