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Un grand classique


De Impétueux, le 22 juin 2012 à 23:15
Note du film : 5/6

Je ne me souvenais pas que c'était aussi bien, aussi haletant, aussi enlevé, aussi intelligemment construit… Il est vrai que je ne me souvenais pas non plus qu'il y avait eu une suite, sûrement superflue, parce qu'elle doit déboucher sur la punition des méchants trafiquants et la victoire des bons policiers, alors que le générique de fin de French connection est une impeccable démonstration de l'inutilité de la lutte des pouvoirs publics contre la drogue….je n'hésiterai pas à écrire de la nocivité de cette lutte.

Le film de William Friedkin commence à 200 à l'heure et ne ralentit pratiquement pas jusqu'à sa fin, émaillé de scènes formidables : la filature de Charnier (Fernando Rey) par Popeye (Gene Hackman) dans le métro, la course infernale du même Popeye qui finit par rattraper Nicoli (Marcel Bozzuffi), à l'issue d'une des plus belles séquences d'autos tamponneuses que je connaisse, la traque finale des trafiquants dans une usine désaffectée… french-connection-1280Et des atmosphères gluantes, nocturnes, souillées, les bars louches du Bronx, l'appartement crapoteux de Popeye. Et le peu d'images de Marseille (curieusement orthographié Marseilles avec un S final dans la version que je possède) donne envie de se retrouver au vallon des Auffes, dans un de ces beaux restaurants à bouillabaisse qui sont une des gloires de la deuxième ville de France.

Ce qui est très bien, donc, c'est la mise en valeur, la mise en exergue, même, de la vacuité de toutes les tentatives de mettre fin au déferlement des substances interdites, déferlement montré du doigt dès 1969 (More, de Barbet Schroeder, puis Les chemins de Katmandou, d'André Cayatte) pour ses ravages individuels, puis, avec French connection, en 1971, pour sa mise en œuvre gangstériste.

Depuis quarante ans, toute cette lutte sans succès et sans fin profite à tout le monde : paysans cultivateurs d'Amérique du Sud ou d'Afghanistan, terroristes marxistes ou islamistes qui en tirent de gros revenus, confortables spéculateurs vénézuéliens ou ex-soviétiques, grossistes marocains ou libanais, revendeurs des cités-ghettos. Et, en contrepartie, paix sociale (relative !) acquise par les pouvoirs publics, grâce à ce trafic, qui irrigue financièrement des zones qui, sans cela, seraient entièrement paupérisées (alors que le taux d'équipement en voitures de luxe y est, grâce audit trafic, significatif) et occupation de services de police qui, non contents de prétendre vider la mer avec une petite cuillère, y reversent consciencieusement tout le liquide prélevé…

Les gesticulations de Popeye et de son acolyte Russo (Roy Scheider) sont aussi héroïques que pathétiques et ne peuvent aboutir, en fin de compte, qu'aux désastres (la mort violente de leurs collègues) et aux échecs (la fuite des gros bonnets, ou leur impunité). Ce n'est pourtant pas d'hier que la sagesse grecque a élaboré le mythe du Tonneau des Danaïdes… Mais notre siècle malin croit pouvoir pisser contre le sirocco.

Et en a, naturellement, les babouches mouillées…


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De kfigaro, le 19 décembre 2008 à 09:34
Note du film : 5/6

En outre, cet excellent polar mené tambour battant bénéficie d'une musique littéralement extraordinaire de Don Ellis, jazzman doté d'une solide formation en matière d'arrangements et d'orchestrations qui signe ici son chef d'oeuvre avec son propre big band (la partition se partage entre swing dynamique et expérimentations dont un quatuor à cordes passé à l'échoplex).

Le CD est hélas introuvable mais le futur Blue-Ray en version américaine proposera la piste isolée :

http://frenchsoundtracks.phpbb9.com/general-f6/don-ellis-t211.htm


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une date dans l'histoire du polar


De verdun, le 27 décembre 2005 à 01:31
Note du film : 6/6

Le début des années 1970 est une période fabuleuse pour le cinéma policier américain avec des films tels que DIRTY HARRY, LE PARRAIN, SERPICO,etc. Et FRENCH CONNECTION.

Je n'avais jamais vu ce film très aimé de William Friedkin et je n'ai franchement pas été déçu par cette découverte.

L'interprétation est superbe: Gene Hackman -l'un des plus grands acteurs du monde à mon humble avis- et Roy Scheider forment un tandem de flics qui ne sont pas des super-héros mais des gens violents,racistes,grossières et éloignés d'un idéal de justicier parfait. A l'inverse, Fernando Rey incarne un brigand aristocratique et raffiné: d'ailleurs,cet acteur est impeccable alors qu'il constitue au départ une erreur de casting et a été confondu avec un autre comédien souhaité initialement par le réalisateur!Ce qui explique la distribution du grand interprète espagnol dans un rôle de gangster français. Aux côtés de Rey,Marcel Bozzuffi incarne lui le truand plus violent sans scrupules.

La façon de filmer est très efficace: d'un côté un aspect documentaire marqué avec un usage fréquent de la caméra à l'époque et une photo plutôt sombre.D'autre part des scènes d'action superbes et surtout deux morceaux d'anthologie: la filature dans le métro et surtout l'incroyable poursuite en voiture qui voit Popeye-Doyle/Gene Hackman à la poursuite de Nicoli/Marcel Bozzuffi. Et il va sans dire que le scénario est prenant du début à la fin.

Donc FRENCH CONNECTION est un beau classique, que quelques belles âmes trouveront "tape à l'oeil", "superficiel", "surestimé".Grand bien leur fasse même si le film annonce un peu la dérive vers le tout spectaculaire du ciné américain actuel.Et FRENCH CONNECTION a une qualité majeur très présente dans les films et les polars de l'époque: le désenchantement.


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