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"Aucune origine n'est belle"


De Impétueux, le 25 octobre 2009 à 18:00
Note du film : 3/6

Le titre qu'on peut juger un peu énigmatique que je donne à ce fil se comprendra mieux dès lors qu'on saura qu'Étoile sans lumière, réalisé fin 1945 a vraisemblablement inspiré (mais de quelle façon, et par quel cheminement !!!) l'extraordinaire Chantons sous la pluie de 1952, puisqu'il s'agit, dans l'un et l'autre film, de la difficile adaptation au cinéma parlant (qui, à ses débuts, fut aussi beaucoup un cinéma chanté) de grandes vedettes féminines du cinéma muet, dont la voix ne passait pas le microphone.

Mais, à part ce point de départ, qui n'est pas mince, toutefois, il n'y a évidemment rien de commun, entre la virevoltante énergie, la formidable musique et le jeu brillantissime des acteurs de l'œuvre de Stanley Donen, et le tout petit, brave machin très franchouillard de Marcel Blistène, à regarder comme une curiosité ethnographique.

Naturellement, Edith Piaf y prouve, s'il en était besoin, qu'elle est encore une plus épouvantable actrice qu'une beuglante chanteuse (je sais, je sais, cette opinion n'est pas partagée par tous… mais enfin, c'est la mienne et je me souviens encore de ce 10 octobre 1963, où, simultanément, je vis disparaître du paysage dans la même belle journée deux de mes têtes de Turc abhorrées, Piaf et Cocteau).

Yves Montand, alors un des amants de Piaf est encore extrêmement mauvais ; il joue un rôle assez mineur, très conforme à son image de prolo dégingandé ; il sera à peine meilleur, deux ans plus tard, dans Les portes de la nuit, mais, mieux dirigé par Carné que par Blistène, commencera à passer la rampe ; on est, en tout cas, à des années-lumière du grand interprète de Sautet et de Rappeneau.

Restent qui ? Même Jules Berry, toujours aussi dégoulinant d'arsouillerie, est un peu pâlot ; j'aime assez le jeu décalé, méprisant, précieux de Marcel Herrand, grandissime Lacenaire des Enfants du Paradis, excellent Consul de Laubry de Martin Roumagnac ; Serge Reggiani, moins tétanisé d'exaltation qu'à l'habitude, se tient bien. C'est tout.

Qu'est-ce qui reste ? La méchanceté du scénario, unhappy end assez pervers : Madeleine, la petite bonne à la grande voix (on a compris que ce n'était pas mon point de vue), paralysée par le trac, quitte la scène où elle est censée pouvoir être définitivement lancée, sous les lazzis et les quolibets du public dans les bras de Pierre, son amoureux un temps délaissé (Montand) ; en apparence, les choses reprennent un cours tranquille, mais les mauvais esprits, dont je m'honore d'être, concluront vite avec cynisme que les retrouvailles heureuses ne dureront pas. Hantée par l'échec et amère d'avoir dû renoncer à une grande carrière, Madeleine ne tardera pas à s'enfoncer dans la boisson, puis à prendre des amants. Pierre, dès qu'il s'en apercevra, la battra comme plâtre, rencontrera de mauvais camarades, perdra son emploi et disparaîtra du paysage.

Enfin ! L'évidence de ces désolants développêments n'était sans doute pas de mise en 1946… Dommage.


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