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Aperçu saisissant du New-York de 1948


De Viator, le 12 octobre à 23:28
Note du film : 6/6

Dans "la même veine", bien que moins parfait dans sa réalisation, le film City that never sleeps (Traqué dans Chicago) de John H. Auer (1953), va encore plus loin dans le procédé de la voix off. C'est la ville de Chigago qui est ici le narrateur. De nombreux plans sont tournés également en extérieur. Le Blu-ray de ce film très méconnu en France et qui mérite pourtant vision, est récemment paru en import.


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De Impétueux, le 5 octobre à 15:54
Note du film : 6/6

Il y a bien longtemps que je n'avais pas été emballé, de la première à la dernière image par un film noir étasunien et si ma note peut sembler un peu élevée, c'est sûrement par principe de plaisir, pour remercier Jules Dassin de m'avoir fait passer une large heure et demie formidable (au paradis des cinéastes, il se fiche sûrement de mon point de vue, mais tout de même…).

Le scénario est habile et sophistiqué, plein de rebondissements et de tiroirs dissimulés, nourri de découvertes et de révélations sensationnelles, mais ce n'est pas le plus important, l'inventivité des scénaristes de polars étant rarement mise en défaut. On peut même penser qu'il y a dans La cité sans voiles des procédés roublards, des chevilles de narration, des tics d’écriture directement sortis d'ateliers ad hoc solidement charpentés ; mais pourquoi, après tout, bouder son plaisir de s'apercevoir, au fil des séquences, comment le récit a conduit le spectateur sur une fausse piste d'où il émerge, tout penaud, avant d'être lancé dans une nouvelle direction ?

Ce n'est pourtant pas seulement grâce à cette excellente histoire de l'élucidation du meurtre de Jean Dexter, ravissante jeune oiselle à la cuisse légère et à la moralité élastique, qu'on retrouve, un beau matin étranglée puis noyée dans sa baignoire que vaut La cité sans voiles. D'abord, c'est presque un reportage sur le vif – si je puis dire, s'agissant d'un assassinat – des méthodes de la police new-yorkaise de 1948. Méthodes scientifiques avec long relevé des empreintes, photographies précises de la scène du crime et même croquis à main levée de l'appartement de la pauvre fille, mais aussi méthodes traditionnelles où les policiers se lancent, dans une métropole qui compte alors 8 millions d'habitants, grâce à de maigres indices, à la poursuite des meurtriers : d'où provient ce pyjama d'homme luxueux qu'on a retrouvé, quel joaillier a pu vendre cette bague, quelle pharmacie a procuré à la morte les somnifères et les stimulants dont elle abusait et quel médecin les lui a prescrits… Et ainsi de suite. Le genre permet aussi de faire connaissance avec plusieurs caractères de policiers, du vieux briscard vieilli sous le harnais, le Lieutenant Dan Muldoom (Barry Fitzgerald) au jeune flic enthousiaste et plein d'initiative Jimmy Halloran (Don Taylor) qui plus est marié à une femme tout à fait charmante (Anne Sargent).

Mais la véritable vedette de La cité sans voiles, en fait, c'est New-York et la façon dont Dassin filme la ville-monde. Il paraît que l'idée initiale du producteur, Mark Hellinger, qui engagea toute l'équipe technique dans cette optique, était de faire tourner une sorte de documentaire sur la Grosse pomme. Pour donner à sa réalisation le plus grand naturel possible, Dassin utilisa tous les moyens de dissimulation possibles de ses caméras, les abritant dans des camionnettes munies de vitres teintées. La foule qui marche dans les rues, c'est bien la foule de New-York au lendemain de la Guerre, lors de journées d'été caniculaires et c'est une grande réussite. Le réalisateur sait à merveille se saisir de toute la variété des quartiers, des plus cossus aux plus misérables et de toutes les étranges architectures de gratte-ciel, de ponts métalliques, de terrains vagues et aussi d'entrelacs d'autoroutes urbaines.

Le film, au demeurant, s'ouvre par une arrivée aérienne sur Manhattan, survolé juste pour que soit découvert le reste de l'immensité urbaine (ce qui préfigure le magnifique début de West side story, douze ans plus tard). Puis la présentation, en brèves séquences très rythmées et surtout très contrastées de la vie de la ville, le jour et la nuit ; en ce sens les dix premières minutes sont éblouissantes, ponctuées par une voix off (qui fait songer, dans la présentation des lieux, aux images de Pigalle à l'aube, dans Bob le flambeur de Jean-Pierre Melville). La voix off sera d'ailleurs présente tout au long, jusqu'aux dernières séquences où on l'entend dicter à Willy Garzah (Ted De Corsia), meurtrier en fuite, traqué par la police, ce que devrait être son comportement, donnant d'habiles conseils mal suivis : c'est un procédé à mes yeux inconnu, mais drôlement efficace !

Aucun des acteurs n'a accédé à une grande notoriété, tout au moins en Europe, mais ils ne font aucune fausse note ; le scénario est haletant, la réalisation habile et inventive : qu'attend-on de mieux au cinéma ?


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