"Je ne suis pas malheureuse, ce n'est pas ça... C'est le contraire."

), La Voleuse
conserve à tort, plus de quarante ans après, sa réputation de mélodrame froid et désincarné* ayant connu lors de sa sortie un échec critique et commercial. Cette coproduction franco-germanique ne manque pourtant pas d'atouts. Un scénario à la fois simple et cérébral mais abouti, recelant parfois une vigueur proche de celle d'un thriller, une réalisation épurée et efficace ainsi qu'un trio d'acteurs solide. Le film marque aussi un tournant dans la carrière de Romy Schneider
(qui venait de refuser d'être Anne dans Un Homme et une femme
) en tenant le premier de ses huit rôles aux côtés de Michel Piccoli
.

(intitulé "Schornstein Nr. 4", i.e. cheminée n°4, en Allemagne) n'échappe évidemment à personne. Le scénario l'explore avec nuance et intelligence sous l'angle psychologique et social sans prétendre vouloir formuler de réponse définitive. La renaissance rédemptrice espérée par Julia Kreuz mute assez vive en une irréversible entreprise de sape (senti)mentale pleine de contradictions**. L'influence, constante et presque subliminale, de l'opinion publique enrichit également cette formidable vergence de dialogues de sourds. Pièce maîtresse du dispositif narratif, Romy Schneider
possède et met ici en jeu tous les attributs (de force et de vulnérabilité) grâce auxquels elle deviendra l'une des actrices les plus essentielles de la seconde moitié du XXe siècle. La "maturité" du couple formé avec Michel Piccoli
(époux la même année de Jane Fonda
dans un autre drame triangulaire, La Curée
), semble, étrangement, d'ores et déjà atteinte. La sublime Viennoise et le Hessois Hans Christian Blech
seront enfin une seconde fois réunis pour les besoins de l'adaptation des Innocents aux mains sales
de Claude Chabrol
.
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*édité en roman-photo par le mensuel "Mon film" en juin 1967.
**"Je t'aime mais je pourrais te tuer !", "Comme tu ne m'es pas encore indifférente, je ne peux que te haïr. Tu comprends ?"