"... Vous réduisez notre mouvement à un phénomène propre à l'âge..."

est présenté en compétition à la 19e Berlinale, le monde a déjà presque oublié les très nombreux événements* qui ont jalonné la mouvementée année 1968, focalisant bientôt son attention vers la "Nouvelle frontière" des Etats-Unis désormais présidés par un certain Richard Nixon : la Lune. Le film produit par Carlo Lizzani
, co-scénariste de Riso amaro
et réalisateur de Cronache di poveri amanti
notamment, avait-il pour autant perdu toute sa pertinence ? En partie seulement, mais il reste, quarante ans après, le singulier témoignage sur cette époque de cinq cinéastes bien différents.

. Si la dialectique révolution-démocratie peut réunir celui, philosophico-politico-poétique, de Jean-Luc Godard
(auteur la même année du rousseauiste
et non nietzschéen
Gai savoir
) et celui, burlesco-maoïste, de Marco Bellocchio
et Elda Tattoli
(La Cina è vicina
), l'inspiration des trois premiers apparaît bien distincte. Le semi-polar de Carlo Lizzani
, qui venait il est vrai de tourner Banditi a Milano
, la psychédélique métaphore imaginée par Bernardo Bertolucci
et interprétée par la troupe avant-gardiste The Living Theatre ou l'expérimentale "confusion" superposée du couple innocence-culpabilité signée entre Teorema
et Porcile
par Pier Paolo Pasolini
"impressionnent" tout en laissant davantage perplexe. En essayant de happer l'insaisissable air du temps, Amore e rabbia
se révèle paradoxalement anachronique**. Une vertu au cinéma, surtout lorsqu'elle est involontaire !
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*sans être exhaustif, le précoce Printemps de Prague écrasé au cours de l'été, l'occupation de l'université de Rome par les étudiants, les grèves et émeutes en Italie, en France, au Japon et au Mexique, le début de l'insurrection aux Etats-Unis contre la guerre du Viêt-nam.
**les films marquants de l'année 1969 sont en effet Easy Rider
, Midnight Cowboy
, Satyricon
, Z
ou encore The Wild Bunch
.