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Critique Films

CinémaAguirre, der Zorn Gottes
Allemagne, Pérou, Mexique
Drame
Réalisateur, scénariste et producteur :
Werner Herzog

Compositeurs :
Popol Vuh
Frank Fielder

Directeur de la photographie :
Thomas Mauch

Acteurs :
Klaus Kinski (Don Lope de Aguirre)
Helena Rojo (Inez)
Del Negro (frère Gaspar de Carvajal)
Ruy Guerra (Don Pedro de Ursua)
Peter Berling (Don Fernando de Guzman)
Cecilia Rivera (Flores)
Daniel Ades (Perucho)
Edward Roland (Okello)
Alejandro Chavez
Armando Polanah (Armando)
Daniel Farfán
Julio E. Martínez

...

avant le 21/11/2004
01/09/2008
Sortie en salles en France : 26 février 1975
Première sortie mondiale : 1972
La fiche technique complète du film :  La fiche technique complète sur IMDb

De AlHolg, le 3 juin 2004
Note du film : 6/6

"Tu laisses les hommes suivre leur chemin. Tes jours n'ont pas de fin."

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Troisième long métrage (si l'on exclut Fata Morgana qui est un moyen métrage) de Werner Herzog, Aguirre, der Zorn Gottes conserve encore aujourd'hui, malgré les (plus de trente) ans, une force et une originalité troublantes. Présenté en section parallèle à Cannes en 1973, il est sélectionné dans la catégorie "meilleur film étranger" des Césars 1976* (qui lui préfèrent Profumo di donna de Dino Risi) et reçoit, la même année, le prix du Syndicat français des critiques de cinéma. Au delà de la reconnaissance critique (Herzog n'a, d'ailleurs, jamais été un "chouchou" de festival), Aguirre... est un film clé des années 1970, la meilleure réalisation, et de loin, qui prenne pour toile de fond cette période de l'histoire (coulées, laminées les superproductions des Ridley Scott et autre John Glen), et la démonstration évidente que l'on peut créer un film d'aventure envoûtant sans effets spéciaux**.
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Fin 1560, une expédition espagnole, commandée par Gonzalo Pizarro (Alejandro Repulles), part à la recherche de l'Eldorado, une contrée mythique imaginée par les indiens, misérablement opprimés par les conquérants. Le moine Gaspar de Carvajal (Del Negro) en tient le journal de l'aventure. Après avoir rencontré les pires conditions topographiques et bientôt à cours de vivres, Pizarro décide de construire trois radeaux et d'envoyer une quarantaine d'hommes sur un affluent de l'Amazone à la recherche de nourriture et de population civilisée. Don Pedro de Ursua (Ruy Guerra) est placé à la tête de ce détachement, secondé par Don Lope de Aguirre (Klaus Kinski). Inez (Helena Rojo), l'épouse du premier et Flores (Cecilia Rivera), la fille d'Aguirre, les accompagnent. Le périple tourne rapidement à l'absurde tragédie. Malmenés par les rapides du fleuve, décimés par la faim, la maladie et d'invisibles indiens probablement cannibales, le groupe devra surtout affronter la division et le meurtre, instruments de l'illuminé Aguirre pour conquérir la terre et la gloire. Le récit prend fin le 22 février 1561.
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Une aventure dans l'aventure. Le réalisateur a écrit, dans une urgence fiévreuse, le scénario très librement inspiré du journal de Gaspar de Carvajal, du personnage de Don Lope de Aguirre et du dictateur africain Okello. Avec un modeste budget de 360 000$, Werner Herzog part au Pérou avec une caméra volée, une petite équipe de huit techniciens, un casting international (dont le réalisateur brésilien Ruy Guerra), des débutants (certains, telle Cecilia Rivera, le sont restés !) et des amis. Il recrute sur place quatre cent cinquante figurants et acquière... quatre cents singes. Les conditions de tournage sont particulièrement pénibles. Le résultat est, au moins, à la hauteur de la peine. Avec son inimitable réalisme poétique, Herzog crée une oeuvre maîtresse.
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Entre tragédie et fable, Aguirre... délivre un message dérangeant, aux significations multiples, loin, très loin du décorum boursouflé des mythes wagnériens. Le tumulte et le désordre apparents de la nature s'opposent à ceux qui envahissent les esprits tourmentés par la quête de richesse et de pouvoir. Dans cette confrontation inégale, c'est la nature, évidemment, qui l'emportera. Dans la volonté effrénée (de puissance et) de bâtir un empire, on détruit deux civilisations. L'église n'est pas épargnée, qui, se rangeant "du côté des puissants pour la gloire de son seigneur", participe à cet ethnocide. Signalons, au passage, deux épisodes essentiels : le débarquement forcé du cheval qui coïncide, étrangement, avec la perte des derniers signes d'humanité de cette communauté à la dérive. Et la vision fantastique, onirique et illusoire du navire sur un arbre (qui, dix ans plus tôt, préfigure symboliquement Fitzcarraldo), marque définitive du point de non-retour de l'expédition, le passage à l'au-delà du réel***.
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Avec une caméra unique, une majorité volontaire de gros plans et des prises d'une lenteur hypnotique, le réalisateur nous fait, à la fois, entrer dans la psychologie des personnages et nous enferme dans un huis-clos paradoxal, à la limite de la claustrophobie (accentuée par le format). Le malaise, croissant, est presque palpable, l'inquiétude permanente. Cette atmosphère est particulièrement bien "nourrie" par la prestation tout bonnement incroyable de Klaus Kinski, "le seul choix possible" pour le rôle d'Aguirre. Avec sa démarche claudicante, ses regards de dément et sa brutalité soudaine et débridée (pas seulement à l'écran, si l'on en croit Herzog), il incarne l'archétype de la folie cinématographique pour encore quelques siècles. Même l'étonnant Norman Bates campé par l'excellent Anthony Perkins peut aller se recasquer ! Autre atout "atmosphérique" du film : la bande son, entièrement postsynchronisée et enrichie par les boucles musicales de Frank Fielder.

___
*sorti tardivement en salles car destiné, à l'origine, à la télévision.
**n'est-ce pas, Mr. Jackson !
***le film est souvent rapproché de l'Apocalypse Now de Coppola. Si ce parallélisme est, sur certains points, justifié, on ne pense jamais à rappeler qu'Aguirre, der Zorn Gottes est, sur les plans narratif et thématique, très proche du Delivrance de Boorman... sorti la même année !


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Cinéma
Allemagne
Drame
Réalisateur et scénariste :
Werner Herzog

Scénariste :
Georg Büchner (pièce)

Directeur de la photographie :
Jörg Schmidt-Reitwein

Monteur :
Beate Mainka-Jellinghaus

Acteurs :
Klaus Kinski (Friedrich Johann Franz Woyzeck)
Eva Mattes (Marie)
Wolfgang Reichmann (le capitaine)
Willy Semmelrogge (le docteur)
Josef Bierbichler (le tambour-major)
Paul Burian (Andres)
Volker Prechtel (Handwerksbursche)
Dieter Augustin (Marktschreier)
Irm Hermann (Margret)
Wolfgang Bächler (le Juif)
Herbert Fux (un sous-officier)

avant le 21/11/2004
14/10/2006
Première sortie mondiale : 1979
La fiche technique complète du film :  La fiche technique complète sur IMDb

De AlHolg, le 6 juin 2004
Note du film : 4/6

"L'homme est un gouffre. Il est pris de vertige celui qui y plonge le regard."

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A peine achevé son Nosferatu: Phantom der Nacht, Werner Herzog débute le tournage de Woyzeck. Il s'agit de l'adaptation d'une pièce de théâtre inachevée de Georg Büchner/ écrite en 1836 et plusieurs fois mise en scène sur les planches, au cinéma ou à la télévision. Elle fut créée pour la première fois après le décès de l'auteur, le 8 novembre 1913 au Théâtre de la Résidence (Munich). La production de la version d'Herzog, sur un seul site**, moins exigeante donc que celle du précédent film, ne dure que dix-huit jours. L'urgence avec laquelle a été menée cette réalisation convient parfaitement à ce récit.
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Woyzeck (Klaus Kinski) est un simple soldat qui, pour pouvoir nourrir décemment son fils illégitime et la mère de celui-ci, Marie (Eva Mattes), une prostituée, accepte, contre rémunération, d'être le cobaye scientifique d'un médecin militaire (Willy Semmelrogge) et de rendre quelques services à son capitaine de régiment (Wolfgang Reichmann). En plus de survivre aux humiliations quotidiennes, il se voit supplanté dans le coeur de Marie par un prétendument distingué tambour-major. Un quatre mars au soir, tourmenté par sa jalousie et par les voix qu'il entend presque continuellement, il emmène celle-ci en dehors de la ville et la poignarde à plusieurs reprises.
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Chronique d'un drame annoncé, Woyzeck est bien plus qu'une simple histoire de crime passionnel. C'est, à la fois, le lieu de rencontre entre le rationnel et l'irrationnel (thème récurrent chez Herzog), et celui de la philosophie, de la morale (chrétienne, le personnage féminin ne se nomme pas Marie par hasard) et de la science. Woyzeck est un "être qui pense trop", préoccupé par le sens de l'existence, le lien cruel entre l'hérédité et le milieu social. Il est le jouet de son capitaine, qui prêche la vertu sans parvenir à lui donner une substance, et son cynique de médecin qui le nourrit uniquement de pois et sacrifie sa vie pour faire avancer la science. Tous les trois sont, à leur niveau, d'authentiques déments. Mais, paradoxalement, seul Woyzeck est humain. Sa tension permanente ("Il court le monde comme un rasoir ouvert" plaisante, avec une justesse prophétique, son capitaine) le conduit "naturellement", lorsqu'il craint de perdre ce qu'il chérit le plus et que son monde s'écroule dans l'absurdité, à, brutalement, trouver la vie bien plus difficile à supporter que la mort. Cette thématique est encore terriblement actuelle.
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Dans sa mise en scène presque théâtrale, très simple et épurée (les deux heure vingt du métrage ne sont composés que de seulement vingt-sept plans), rythmée par une musique légèrement discordante, Woyzeck est, en effet, puissamment efficace et moderne. Le jeu de Klaus Kinski est, dans son interprétation de l'amour, de la chute et de la folie, d'une grande sobriété. Il a mis à profit son épuisement dû au tournage de Nosferatu, dont la fin n'est intervenue qu'une semaine avant le début du présent film, pour rendre son personnage plus fébrile et perturbé. Moins présente à l'écran, Eva Mattes donne pourtant à Marie une ambiguïté intéressante entre légèreté et gravité. Elle reçut, pour ce film, la "palme de la meilleure actrice dans un second rôle" à Cannes en 1979.

___
*mort à 23 ans, le poète et dramaturge allemand a eu le temps d'écrire une nouvelle et trois pièces de théâtre dont "La Mort de Danton" (dont s'est inspiré Andrzej Wajda pour son film de 1983) et "Woyzeck". Alban Berg a composé un splendide opéra intitulé "Wozzeck", suivant la lecture erronée de l'édition Franzos de 1879. **contrairement à l'international Nosferatu.


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Critique DVD

Jaquette du DVD Aguirre : Aguirre, la colère de Dieu / Woyzeck
Zone 2, France
Editeur : Les Films de ma vie
Sortie : 26 octobre 2006

Format vidéo : 4/3
Audio : Allemand (DD 2.0 Mono), Français (DD 2.0 Mono)
Sous-titres : Français
Suppléments :

  • Bande-annonce
  • Commentaires audio

Note technique : 4/6

Image & son :
"Aguirre, la colère de Dieu" : un niveau technique convenable, l'image est équilibrée et les couleurs assez franches. La définition est, en revanche, un peu juste, notamment dès que la luminosité faiblit. Les pistes monophoniques présentent des équilibres tonaux différents mais sont correctes.
"Woyzeck" : (format : 16/9) un léger manque de netteté et de luminosité pénalisent un peu l'édition. Piste monophonique satisfaisante.

Suppléments :

 - film - 4471_14
"Aguirre, la colère de Dieu" : Commentaire audio : du réalisateur. Si les questions de Norman Hill ne sont pas, loin s'en faut, toutes passionnantes, Herzog apporte quelques informations techniques et pas mal d'anecdotes. Il se livre aussi, à plusieurs reprises, à une critique argumentée des usages hollywoodiens.
Bande-annonce : (4/3 - v.o.s.t.)

"Woyzeck" : bande-annonce (16/9 - v.o.).

AlHolg

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