"Les gens ne réussissent jamais à fuir."

n'avait pas tourné Psycho
. Il fait partie de ces quelques longs métrages, parmi lesquels Citizen Kane
figure en bonne place, dont on ne ressort pas indemne et qui ont durablement influencé les réalisateurs du monde entier. N'est-il pas, implicitement ou explicitement, l'un des films les plus cités de l'histoire du cinéma ? Et l'un des plus étudiés ? Pendant qu'en Italie, Mario Bava
tournait son Maschera del demonio
et qu'en Grande-Bretagne, Michael Powell
produisait un déroutant Peeping Tom
qui allait mettre un terme à sa carrière dans son pays, Sir Alfred
faisait l'unique (relative) incursion dans l'épouvante de sa campagne américaine. Pour cela, il adapte très librement le récent ouvrage éponyme de Robert Bloch, lequel venait et allait continuer de collaborer avec le réalisateur pour la série en cours Alfred Hitchcock Presents
. L'histoire est inspirée d'une affaire réelle, celle d'Ed Gein, un tueur en série sévissant dans le Wisconsin, un parfait anonyme comparé au célèbre Norman Bates. L'une des raisons collatérale du puissant intérêt que produit Psycho
est qu'il clôt également un cycle dans la carrière du maître. Hitchcock
vient d'avoir soixante ans et va produire, avant de rentrer dans son Angleterre natale, ses quatre prochains films, à la qualité nettement moins affirmée, sous la bannière Universal
.


, Vertigo
et le plus classique mais efficace North by Northwest
, les amateurs du cinéma d'Hitchcock
ont dû se demander s'il réussirait à au moins les égaler et à encore innover. L'auteur des 39 Steps
, avec Psycho
, les a largement rassurés, enfin, si l'on peut dire. Car le réalisateur met, en effet, tout son talent au service de la déstabilisation, de la perturbation du spectateur. A commencer par l'élimination du personnage que l'on croyait principal au cours du premier tiers du métrage. Après le climax de la fameuse scène de la douche (soixante-dix plans en quarante secondes), il apparaît désormais évident qu'une inversion fondamentale a été, dès l'origine, délibérément opérée : la mise sous tutelle du récit par la mise en scène. Et bien qu'une révélation soit attendue, notamment après la visite de Lila, la soeur de Marion, et Loomis au shérif adjoint Chambers, c'est la force suggestive de l'image (Hitchcock
-John L. Russell) et de la musique (Bernard Herrmann
) qui façonne le film. Le phénomène est particulièrement flagrant dans la scène du meurtre du détective Arbogast. Le défi semble, a priori, insensé dans la mesure où le budget est dérisoire (le cinquième de celui du précédent film), le tournage se faisant en noir et blanc et en un temps record (trente-six jours) dans les locaux Universal
* où sont réalisés les épisodes de la série Alfred Hitchcock Presents
. Ces conditions, quasi télévisuelles, de production ont probablement contribué à donner au film toute sa puissance et sa cohérence.
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*Paramount
refusant de prêter ses studios.