
a constitué une rupture dans la carrière de Kaneto Shindô
après les quasi documentaires Gembaku no ko
et Hadaka no shima
. C'est oublier ses collaborations, en tant que scénariste, avec nombre de réalisateurs, Yasuzo Masumura
, Kozaburo Yoshimura et Kenji Mizoguchi
notamment. Ce dix-huitième long métrage s'inscrit, au contraire, dans une parfaite continuité cinématographique et une évidente cohérence thématique, soulignant également l'importance de la nature et le rôle prépondérant de la femme. Onibaba
est un drame à composante fantastique, reposant sur des choix esthétiques précis et formels. Et il est tout aussi vain de le cataloguer "film érotique japonais" aux côtés du Môjuu
de Masumura
et du Ai no corrida
d'Oshima
avec lesquels il n'a pas grand chose à voir. Oeuvre étonnante, installant une atmosphère envoûtante très singulière, il s'agit probablement de l'un des meilleurs films du prolifique cinéaste.

et de celui du brésilien Glauber Rocha
, Deus e o Diabo na Terra do Sol
, issus de cultures très distinctes et pourtant si proches sur de nombreux plans. On peut également évoquer, dans cette mouvance, le Suna no onna
d'Hiroshi Teshigahara
, présenté, comme ce dernier, au Festival de Cannes 1964. Le décor de ces trois films est planté au milieu de nulle part, au cours d'une période ouvertement ou symboliquement troublée. Comme cela était évoqué précédemment, la nature et la femme y occupent une place essentielle, auxquelles on peut ajouter l'influence du mythe (et sa classique dichotomie Bien-Mal). Véritable retour à un état de nature (assez peu rousseauiste !) sauvage, au milieu de cette mer végétale de la région de Susukigahara, Onibaba
, tout en étant relativement pudique, surprend par sa forte charge libidinale mise en relief par la simplicité de la trame narrative* de ce scénario original, jouant sur des motifs de répétition et soulignée par le jeu des comédiennes (assez comparable à celui des acteurs du muet) et par la puissance insolite de la photographie et de la bande sonore. Remarquable.
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*proche de Ugetsu
de Mizoguchi
et annonçant celle, presque identique aussi, de Yabu no naka no kuroneko.