"Le mal est au coeur de ma volonté..."

. Permettez-moi de commencer par une histoire. Nous avons découvert Le Feu follet
, un bon ami et moi, il y a un peu plus de vingt ans. Comme le cinéaste au moment de tourner son film, mon camarade était, pour plusieurs raisons (dont la perspective d'importantes et difficiles épreuves universitaires) "au creux de la vague". Que croyez-vous qu'il arriva ? Vous n'y êtes pas du tout ! Il obtint les meilleurs résultats de notre promotion... et il est aujourd'hui un des "spécialistes" les plus brillants de sa discipline. Car, contrairement à l'ouvrage de Drieu la Rochelle
publié en 1931 qui était une apologie maniériste du suicide, Le Feu follet
dont il s'inspire est, que l'on ne s'y trompe pas, un formidable hymne à la vie.

est "naturellement" sphérique, reflète une lumière subtile et, initialement froid au "toucher", capte la chaleur qu'on lui communique. Aussi et enfin, parce qu'entre Zazie dans le métro
et Viva María !
(en excluant volontairement le très dispensable Vie privée
), Le Feu follet
offre un contraste saisissant.


avait initialement le projet de réaliser un film partiellement autobiographique dont la trame générale était finalement assez proche du roman de Drieu la Rochelle
. Le directeur de "La Nouvelle Revue française" sous l'occupation y peignait, sans le nommer, les derniers jours de son ami toxicomane, le poète dadaïste Jacques Rigaud, en 1929... avant lui-même de se suicider en mars 1945. Le Feu follet
est le résultat de cette rencontre. La première force du scénario, sa supériorité par rapport à l'ouvrage, c'est qu'il "prête" constamment vie à un personnage dont on connaît, certes, à l'avance le destin mais qui pourrait, tout aussi bien, ne pas mourir. Et ces quarante-huit heures de la vie d'un homme deviennent un splendide suspense existentiel. On cherche avec minutie ce qui pourrait donner à ce désespéré idéaliste le début d'une certitude qui ne soit pas morbide, on scrute sur son visage les indices d'une volonté de "renaître", du retour d'un désir* que l'on sait perdu dès la très belle séquence d'ouverture narrée en voix-off. Que se serai-il passé si Lydia était restée à Paris, si Eva avait réussi à le retenir ou si Solange l'avait aimé ?

, Alain, vivant au milieu d'articles découpés, de photographies et lecteur de "The Great Gatsby
" de F. Scott Fitzgerald
, affirme qu'il ne puisse "toucher les choses".
Sur un thème aussi délicat, la sensibilité et l'intelligence du cinéaste font merveille. Malle
inscrit la profonde solitude de son personnage, refusant sa maturité, en monochromie dans une urbanité sonore et visuelle. Cette tournée d'adieu profite également de la qualité du montage de Suzanne Baron, la collaboratrice de Tati
et de Frédéric Rossif
, qui travaillera à nouveau sur plusieurs de ses films suivants. Mais Le Feu follet
doit évidemment beaucoup à l'interprétation de Maurice Ronet
et à sa direction par le réalisateur. L'acteur qui, a priori, ne semblait pas être l'interprète idéal pour le rôle, traduit pourtant remarquablement, pendant cent des cent-huit minutes du métrage, le mal être du personnage d'Alain. L'utilisation, enfin, des "Trois Gnosiennes"** pour piano de l'impressionniste Erik Satie
, mélancoliques et aux tonalités légèrement orientales, apportent une pertinente coloration au film, un supplément d'âme.
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