"Ce qui compte, c'est que les gens soient ensemble pour une fois, ensemble."

de Jean-Paul Rappeneau
, grand vainqueur de la seizième édition de La Nuit de Césars, et Nikita
, le polar à l'américaine de Luc Besson
, l'antépénultième film de Louis Malle
apportait, en 1990, une rafraîchissante et nostalgique tonalité douce-amère et marquait délicatement sa différence dans la production cinématographique française. Quelque part entre la comédie satirique à l'italienne* et les oeuvres chorales de Sautet
, cette troisième collaboration avec Jean-Claude Carrière
(également scénariste du film de Rappeneau
) tranche aussi avec le précédent et probable meilleur opus du réalisateur, Au revoir les enfants
, une oeuvre très personnelle et sensible. Milou en mai
illustre cependant parfaitement la confession du cinéaste selon laquelle, avec l'âge, il croyait désormais davantage aux émotions qu'aux idées. Son coeur de président du jury du Festival de Cannes n'a-t-il pas durablement balancé entre The Piano
et Bawang Bieji
?

, c'est qu'il force en permanence le spectateur à découvrir ses films avec un regard neuf. Le cinéaste disait lui-même détester se répéter, préférant explorer, à chaque fois, des univers différents. C'est encore le cas avec Milou en mai
dans lequel il s'amuse, tel un entomologiste (le métrage débute d'ailleurs sur une étonnante scène avec des abeilles), à observer l'influence d'événements exceptionnels sur le comportement d'individus et comment, dans une certaine mesure, ils les révèlent. Le décès de la doyenne de la famille, signe de la fin d'une époque, pousse les protagonistes à tenter de redonner, souvent de manière triviale ou maladroite, du sens à leur vie. Il libère l'eudémonisme latent de Milou, éveille la cupidité et l'égoïsme de Camille, la bourgeoise faussement émancipée, sort Georges de son austérité cultivée... et fait l'éducation de la jeune Françoise. Mais tous, en revanche, doucement emportés par leur rêve utopique, se trompent sur la signification des bouleversements socio-politiques en cours, dont l'origine était, elle aussi, éducative, nous offrant au passage une grotesque répétition de l'Exode. Il y a, dans ce Milou en mai
concertant, voire symphonique (mais pas toujours consonant !), du Tchekhov
et du Renoir
. Et l'on éprouve une certaine délectation au jeu des acteurs, individuellement et collectivement très bons, celui de Michel Piccoli
, bien sûr, dix ans après son apparition dans Atlantic City
, de la tonique Miou-Miou
et, surtout, de l'épatante Dominique Blanc
que l'on ne voit plus assez au cinéma. Il ne manque presque rien au concert, pas même la pétillante musique de Stéphane Grappelli
, la deuxième pour le cinéma de fiction après... Les Valseuses
!
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*Milou...
fut d'ailleurs apprécié de l'autre côté des Alpes puisque Louis Malle
reçut, grâce à lui, le David di Donatello du meilleur réalisateur d'un film étranger.