"Qu'y a-t-il de gênant à demander ce qui t'appartient ?"

est construit selon ce schéma directeur. Superproduction de 500M de roupies (un peu plus de 9M€), il reste localement, dans un contexte de perte d'inspiration qui ne touche pas seulement le cinéma indien, un des rares succès de l'année 2002. Il est vrai qu'il s'agit de la nième version de l'adaptation du roman très populaire de Saratchandra Chatterjee
. C'est aussi, après Lagaan
en 2001, l'un des premiers films "formatés" pour conquérir un public occidental. N'a-t-il pas été présenté en sélection officielle au Festival de Cannes il y a deux ans, avant d'être choisi pour représenter l'Inde pour l'Oscar du meilleur film étranger en 2002 ?
* de Sanjay Leela Bhansali
se veut la quatrième adaptation majeure** de l'ouvrage éponyme écrit en 1901 et publié en 1917. Après le film muet de Naresh Chandra Mitra en 1928, et les versions de P.C. Barua en 1935 et Bimal Roy
en 1955 (cette dernière restant la meilleure à ce jour) auxquels l'oeuvre de Sanjay Leela Bhansali
rend hommage. Mélodrame ou comédie dramatique musicale, Devdas
est, comme Roméo & Juliette
, une histoire d'amour qui finit mal. Devdas Mukherjee, fils d'un riche propriétaire, revient chez lui après avoir passé dix ans à Londres pour devenir avocat. Mais sa première visite est pour son amie et amour d'enfance, Paro. Un lien très fort, quasi mystique, les unit malgré cette longue séparation. 


, Devdas
est l'histoire d'un amour qui ne prend jamais "corps", qui reste irréel, fantasmé. Incontestablement, si le second acte est celui qui donne sa dimension tragique au film, c'est la première partie qui est la plus réussie par un savant cocktail d'allégresse, d'enfantillages, de spiritualité (très beau parallèle entre l'histoire de Krishna et Radha dansée par la mère de Paro et la parade prénuptial de Devdas et Paro qui clôt cette partie) et de machination.
est au cinéma indien ce qu'aurait été un Gone with the Wind
conçu comme une comédie musicale de la R.K.O. ou de la M.G.M. pour Hollywood. 
est alerte, inspirée, avec beaucoup (presque trop) de recherche visuelle ou graphique. Il alterne couleurs franches et demi-teintes pour composer un "tableau" sans cesse renouvelé. Bien sûr, il succombe parfois à la mode du cadrage en diagonal et aime jouer avec les focales (notamment les grands angles), mais son souci du détail, la qualité de son cadrage, les choix des plans et la vivacité du rythme obtenue par un montage nerveux sont remarquables pour un jeune (quarante ans) réalisateur qui signe ici seulement son troisième film. 
séduit tout à la fois par sa grande beauté (une miss monde 1991 justifiée mais pas une pin up écervelée pour autant), ses talent de danseuse et sa profonde et sensible implication dans le personnage de Paro, Madhuri Dixit
développe des qualités au moins aussi grandes dans un rôle (Chandramukhi) plus tardif dans le récit et moins flamboyant que le précédent. Shahrukh Khan
est plus décevant dans le rôle de Devdas, encore "habité" par l'interprétation de Dilip Kumar. Les seconds rôles ne sont pas moins bons, avec une mention spéciale pour Kiron Kher dans celui de la mère de Paro. Les compositions musicales et les chorégraphies parachèvent une oeuvre spectaculaire, perfectible mais très riche.
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*Le film est aussi la transposition du mythe hindouiste de Krishna-Radha-Meera. Le premier est un être sombre (son nom signifie bleu-noir en sanskrit) et de la destruction incarné par Devdas, le joueur de flûte. Radha (qui veut dire réussite, amante préférée de Krishna) est l'être positif incarné par Paro et Meera, la mère dévouée sous les traits de Chandramukhi.
**sans oublier celle de Vedantam Raghavaiah contemporaine de celle de Bimal Roy
.