"Des fois, j'ai l'impression d'être dans un étau."

figurait jusqu'à cette année en bonne position sur la liste des cinéastes étasuniens cultivant le mieux sa rareté. Un délai néanmoins assez classique s'agissant de productions indépendantes et d'écriture en solitaire des scénarii. Après Little Odessa
, "Lion d'argent"* à Berlin en 1994 et The Yards
, ce natif du Queens, petit-fils d'immigrants russes, nous proposait un autre drame criminel et familial prenant New York pour décor. Têtes d'affiche du précédent film, Mark Wahlberg
et Joaquin Phoenix
y tenaient à nouveau les rôles principaux en plus d'en être les co-producteurs. Sélectionné en compétition au Festival de Cannes 2007, We Own the Night
n'a pas connu en France, malgré ses incontestables qualités, un succès commercial comparable à celui rencontré dans son pays d'origine.

a peut-être souffert d'être comparé au remake The Departed
de l'autre New-yorkais Scorsese
, sorti tout juste un an auparavant. Et/ou de sembler présenter la police de manière trop manichéenne, partisane et affective dans son combat, redoutable à cette époque, contre le crime organisé. James Gray
avoue d'ailleurs volontiers avoir eu l'idée initiale du scénario à partir d'une photographie des funérailles d'un policier tué dans l'exercice de ses fonctions parue à la une du "New York Times". Cette orientation, aux aspirations parfois documentaires comme l'atteste le diaporama d'ouverture**, le tournage sur des sites qui puissent témoigner du New York d'avant Rudolph Giuliani et la brève apparition d'Ed Koch, n'affaiblit pourtant en rien les dimensions conceptuelle, thématique*** et artistique du film. Pas plus que l'option délibérée de privilégier les situations, sentiments et dialogues à l'action. Peu de cinéastes actuels possèdent en outre une qualité de narration, notamment par sa structure et son rythme, comme celle dont fait preuve Gray
, même si, ici, la tension dramatique se trouve sensiblement diluée. Le choix de Joaquin Phoenix
et de Mark Wahlberg
, solides acteurs au demeurant, n'apparait également pas le plus pertinent (contrairement à celui d'Eva Mendes
et de Robert Duvall
!. We Own the Night
s'inscrit néanmoins, sans ambages, dans la tradition et vertueuse lignée des State of Grace
ou Donnie Brasco
toujours célébrés aujourd'hui.
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*partagé avec Peter Jackson
(Heavenly Creatures
) et Carlo Mazzacurati
(Il Toro
).
**de photographies signées Leonard Freed, défunt reporter de l'agence Magnum.
***dominée par ceux de la culpabilité et de la confusion.