"Tout est faux. Il n'y a rien... J'ai peur."

constitue le troisième volet d'une tétralogie informelle entamée avec Ana y los lobos
et La Prima Angélica
et conclut sur Elisa, vida mía
. Lorsque Carlos Saura
débute la production de son film, l'étouffante dictature du caudillo Francisco Franco, malade depuis 1969, agonise lentement. Les artistes espagnols ne peuvent pourtant toujours pas aborder des thèmes trop réalistes. Lorsqu'ils ne se lancent pas dans le film de genre, notamment horrifique, les réalisateurs se réfugient dans la métaphore ou l'allégorie poétique comme Victor Erice
et son El Espiritu de la colmena
. Deux ans après un "Prix du jury" cannois pour son précédent film, Saura
obtient* grâce à celui-ci le "Grand prix" du festival français.

, dont la mère est aussi pianiste, vivait dans une Espagne venant de basculer du Frente Popular à la guerre civile puis à la dictature. Le scénario de Cría cuervos...
est probablement fortement influencé par cette expérience traumatique infantile. Rare sont, en effet, les cinéastes à avoir su illustrer, avec autant de subtilité et de sensibilité, l'imaginaire douloureux d'un(e) enfant, ballotté(e) entre le bel et chaleureux amour d'une mère disparue et l'âpreté, parfois violente, du monde trompeur des adultes. Le récit, presque intemporel et rythmé par le beau thème nostalgique et un peu solennel du compositeur Federico Mompou
, repose sur un triptyque éminemment tragique : souvenir, souffrance et mort. Mais Saura
lui donne une dimension singulière, d'abord par l'identification formelle de la fillette avec sa mère Maria, mais aussi par le fantasme de la volonté opérative grâce auxquels le film s'extrait du réel pour explorer le surnaturel. Aux côtés de la belle égérie Geraldine Chaplin
, Ana Torrent
, fascinante jeune actrice remarquée auparavant dans le film de Victor Erice
déjà cité, réussit à porter très haut Cría cuervos...
sur ses frêles épaules. N'est-ce pas fantastique, cela aussi ?
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*ex-aequo avec Die Marquise von O...
d'Eric Rohmer
.