"... Plus grande que nature."

, le renommé écrivain Norman Mailer
, auteur à partir de sa propre expérience de la guerre du Pacifique de The Naked and the Dead
, envisageait qu'il soit le plus américain de ses compatriotes. Cette "élection" superlative légitimait-elle, a priori, le diptyque consacré par son cadet à un épisode emblématique de la sanglante bataille d'Iwo Jima ? Avec la plus historique de ses productions, le réalisateur oscarisé à deux reprises confirme en tout cas l'un des principes qui semble le guider, "tenter différemment". Inspiré symboliquement par la célèbre photographie pour laquelle Joe Rosenthal reçut en 1945 le "Prix Pulitzer", Flags of Our Fathers
(avec lequel Sands of Iwo Jima
de John Wayne
ne partage que le contexte) est l'adaptation de l'ouvrage signé par James Bradley
, le fils du l'infirmier de la Navy dont l'histoire est relatée, et Ron Powers
publié en 2000. Titulaire des droits et premier initiateur d'un projet de film, Steven Spielberg
renoue à cette occasion, après The Bridges of Madison County
, une nouvelle collaboration de production avec Eastwood
.

! Cet acteur de genre devenu un cinéaste complet et largement récompensé n'en finit pas de nous étonner. Très bientôt atteint par l'âge limite des lecteurs d'un fameux hebdomadaire de bande dessinée, Mr. Clint
continue d'oeuvrer (vocable choisi délibérément) avec passion, prend des risques pour nous livrer de remarquables films qui savent, en outre, nous questionner. Son père ouvrier sidérurgique, qui lui avait prodigué un précieux conseil**, serait probablement très fier de son rejeton. Le récit et l'épopée historiques sont évidemment secondaires. Tout en rendant, par son réalisme stylisé, la guerre profondément abjecte (encore une accointance avec Mailer
), Flags of Our Fathers
s'interroge avec finesse sur l'obscurité de certaines pages de l'existence et sur l'héroïsme. Vous serez peut-être déroutés par la volontaire déstructuration de la narration, mais elle sert la logique d'investigation et de réminiscence du roman originel. Comme dans ses récentes productions, Eastwood
et ses scénaristes placent l'homme au coeur de ces drames personnels doublés d'une tragédie collective. Le film s'appuie également sur une réalisation et des interprétations solides. Bref, un monument de plus de quatre heures (y compris Letters from Iwo Jima
) qui fait vraiment aimer le cinéma.
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*intitulée "Raising the Flag on Iwo Jima".
**"Montre leur ce que tu peux faire et ne te préoccupe pas de ce que tu obtiendras. Offre de travailler gracieusement et rends toi inestimable."