"... Quelque chose de dissimulé, de chuchoté... et d'indécent."

, parue au début de l'année 1898, a d'abord inspiré un opéra au compositeur Benjamin Britten
, créé à Venise en 1954 par le célèbre ténor Peter Pears dans le rôle de Quint, la soprano Jennifer Vyvyan dans celui de la gouvernante et le jeune David Hemmings
, que l'on retrouvera au cinéma notamment dans le Blowup
d'Antonioni
, dans celui de Miles. Pour Jack Clayton
, cette adaptation constitue un changement d'univers radical. L'ex-producteur associé de John Huston
venait en effet de réaliser son premier long métrage, Room at the Top
, rattaché au Free Cinema. Sélectionné à Cannes, récompensé aux BAFTA, nommé six fois aux Academy Awards, le film obtenait l'"Oscar" du meilleur scénario adapté et Simone Signoret
celui de la meilleure actrice principale.
, considérée comme l'une des oeuvres majeures de la littérature fantastique, il se mettait, sciemment ou non, en situation de risque. D'abord parce que ce type de production, à l'époque, était considéré comme la chasse gardée du studio Hammer
sur le territoire britannique. Ensuite, en raison du précédent et très bon téléfilm tourné par John Frankenheimer
avec Ingrid Bergman
dans le rôle principal, diffusé aux Etats-Unis en 1959. Même si la moisson de récompenses fut nettement plus maigre, Clayton
réussit à faire de The Innocents
un film à bien des égards admirable et absolument incontournable pour les amateurs du genre.

, modèle du surfait The Others
, séduit avant tout par son classicisme et sa grande sobriété. Ce qui ne l'empêche d'ailleurs pas de réserver aux spectateurs, pas encore totalement blasés, quelques authentiques épisodes de frissons. La fidélité au texte n'est pas absolue, mais Jack Clayton
a parfaitement su retranscrire toute la force suggestive de la nouvelle d'Henry James
, inspirée d'un fait réel raconté par un archevêque. Comme le souligne son titre, le film repose sur une dialectique de l'innocence et de la perversité, tour à tour représentées par Miss Giddens et par les deux enfants selon que l'on penche pour une lecture rationnelle ou irrationnelle, toutes deux possibles, du récit. Ces fantômes existent-ils ou ne sont-ils que le produit de l'imagination (condition initiale requise pour occuper le poste) de la gouvernante dont la dévotion de fille de pasteur tourne à l'hystérie démente.
de Lewis Allen
, la tension oppressante va crescendo, accentuée par un mouvement continue de la lumière vers l'obscurité. Dès l'arrivée à Bly, la progression à travers le parc de Miss Giddens est suivie, guettée devrait-on dire, par une caméra placée derrière un arbre. Imperceptiblement, ce décor apparemment enchanté, et ses occupants, dévoilent des contours de plus en plus inquiétants ; les jours se font moins radieux, la ritournelle de Flora paraît moins angélique, les toilettes immaculées de la gouvernante laissent la place à une tenue de deuil. Derrière la séduction presque surnaturelle qui caractérise les enfants se profile le thème de la sexualité, de manière certes moins explicite que dans le récent Peeping Tom
de Michael Powell
ou le contemporain Viridiana
de Buñuel
, mais lui aussi régulièrement suggéré*.
(que David Lynch
choisira pour tourner The Elephant Man
) et celle des interprétations des acteurs, réduits en effectif mais artistiquement brillants. Deborah Kerr
, bien sûr, dans un rôle très différent de ses habituels comédies ou drames romantiques. L'épatant Martin Stephens, déjà convaincant dans Village of the Damned
, et Pamela Franklin
dans son premier film et qui collaborera à nouveau avec Clayton pour Our Mother's House
. Probablement moins percutant et novateur que The Haunting
de Robert Wise
, The Innocents
n'en reste pas moins une oeuvre importante de l'histoire du cinéma.
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*par exemple par un bouton du cordon d'un rideau venant battre avec insistance sur le treillis d'une fenêtre.