"Qu'est-ce qui est en jeu ?"

(aperçu chez Marco Bechis
et dans Nordeste
de Juan Diego Solanas
), est une oeuvre atypique, profondément personnelle mais aux évidentes résonances collectives. Car au-delà de l'histoire d'un homme face à une entreprise, le film peut aussi être vu comme une pertinente métaphore d'un pays, l'Argentine, qui va bientôt dramatiquement renouer avec ses démons de crise économique et sociale et d'un régime, la présidence à bout de souffle de Carlos Saúl Menem. "Prix du public" dans son pays de production, Whisky Romeo Zulu
a reçu en 2004 le "Soleil d'or" du Festival des cinémas et cultures d'Amérique latine de Biarritz.

aurait tout aussi bien pu s'appeler, en s'inspirant du titre d'un célèbre roman du Colombien Gabriel García Márquez, "Chronique d'un drame annoncé". Le film s'articule autour d'un fait réel, l'accident au décollage d'un avion de ligne à Buenos Aires, le 31 août 1999, faisant soixante-sept victimes. Enrique Pineyro
choisit habilement de le construire en flash-back, créant ainsi dès l'ouverture une tension très palpable même si le spectateur n'en connaît pas précisément les raisons. Puis, pièce par pièce, le "meccano" va insidieusement prendre forme pour aboutir à l'inéluctable et fatale catastrophe. Entre documentaire et fiction, Whisky Romeo Zulu
, malgré ses subtiles lenteurs, parvient à retenir l'attention du public et, finalement, à le séduire. D'abord par les enjeux économiques et sociaux qu'il sait mettre en avant, ceux constamment actuels d'un être seul face à un système, au choix, obnubilé ou corrompu. Cet aspect est d'autant plus percutant que le film s'apparente à une véritable "reconstitution" au sens judiciaire du terme dans laquelle le réalisateur endosse son propre et inconfortable rôle, celui de l'insupportable Cassandre pour des individus testant en permanence les limites de la déréglementation du trafic aérien. Ensuite parce qu'il est également l'amer constat d'une double désillusion passionnelle, professionnelle et sentimentale, dont les imbrications ne donnent que plus d'intérêt au récit.