"- ... Toujours ramper à travers un labyrinthe de sentiments.
- L'amour est une souffrance !"

n'est pas seulement le brillant chef-opérateur de Michael Powell
, John Huston
, Mankiewicz
ou Richard Fleischer
(entre autres, excusez du peu !) mais il porte aussi parfois la casquette de metteur en scène. L'un de ses films a d'ailleurs été sélectionné à Cannes en 1960 (en compétition avec La Dolce vita
), et, l'année suivante, son nom figurait même parmi les réalisateurs sélectionnés pour les Golden Globes et les Academy Awards. Il surpassait, au cours de la première cérémonie, Kubrick
et Wilder
. Et repartait finalement avec l'"Oscar"... de la meilleure photographie. Les professionnels de la profession sont souvent conservateurs. En 1967, Cardiff
se voit confier par une production franco-britannique l'adaptation de La Motocyclette
, le roman d'André Pieyre de Mandiargues
paru en 1963 grâce auquel il retourne, en compétition, sur la Croisette. Une quinzaine écourtée en raison du contexte politique en ce joli mois de mai 1968 et de la démission solidaire du membre du jury Louis Malle
. Anecdotique au sens étymologique du terme, The Girl on a Motorcycle
est en effet, même pour les non-motards, loin d'être inintéressant.

a-t-il influencé Gainsbourg
pour l'écriture de sa chanson "Harley-Davidson", enregistrée par Brigitte Bardot
en octobre 1966 ? Difficile de répondre de manière catégorique à cette question. Mais lorsqu'il a été question de porter au cinéma l'ouvrage, c'est à l'actrice du Mépris
que les producteurs ont aussitôt pensé. Elle y aurait retrouvé Alain Delon
, son récent partenaire du film à segments Histoires extraordinaires
. C'est finalement la jeune égérie du rock de cette époque, Marianne Faithfull
, équivalent britannique de la germaine Nico
(dont le fils a pour père Delon
, le monde du show biz est petit !) et de notre Françoise Hardy
nationale, qui hérite du rôle de Rebecca. Pas sûr que l'on ait perdu au change. 
, en maître à penser du libre-amour, est ici plus convaincant que dans le film de Valerio Zurlini
à venir où il tenait également un rôle de professeur au prénom homonyme. Enfin Jack Cardiff
a su, en plus de son génie de l'éclairage et de la photographie, insuffler assez de poésie onirico-psychédélique (avec le recours ponctuel à une technique nouvelle de solarisation de l'image) pour rendre cette histoire, présumée banale, suffisamment plaisante.