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CinémaPickup on South Street
Etats-Unis
Film Noir
Réalisateur et scénariste :
Samuel Fuller

Scénariste :
Dwight Taylor (histoire)

Producteur :
Jules Schermer

Compositeur :
Leigh Harline

Directeur de la photographie :
Joseph MacDonald

Monteur :
Nick DeMaggio

Société de production :
20th Century Fox

Acteurs :
Richard Widmark (Skip McCoy)
Jean Peters (Candy)
Thelma Ritter ('Moe' Williams)
Murvyn Vye (le capt. Dan Tiger)
Richard Kiley (Joey)
Willis Bouchey (l'agent Zara)
Milburn Stone (le dét. Winocki)

avant le 21/11/2004
19/09/2008
Sortie en salles en France : 2 octobre 1953
Première sortie mondiale : 1953
La fiche technique complète du film :  La fiche technique complète sur IMDb

Résumé

La très érotique Candy se fait voler son portefeuille dans le métro par Skip, un jeune homme élégant et vigoureux au regard un peu inquiétant. Deux hommes qui la surveillaient s'en aperçoivent et tentent de suivre le voleur sans succès : ils filent Candy, qui vient de se rendre compte du vol quelques instants plus tard, jusqu'à une cabine de téléphone. Elle transportait un objet important dans son sac à main et annonce le vol à un homme qu'elle va bientôt retrouver. Il lui annonce que l'objet était (dans la v.o.) un microfilm d'une information destinée – nous précise-t-on un peu plus tard dans le film - à être vendue à des agents communistes du bloc de l'Est et (dans la v.f.) un microfilm d'une formule chimique permettant – nous précise-t-on idem... - de fabriquer de la drogue sans prendre le risque de l'importer sur place ! Et il lui explique qu'il est trop dangereux pour lui de se signaler : c'est elle qui doit retrouver le voleur. Pendant ce temps-là, la police et le contre-espionnage (dans la v.o.) ou la brigade des stupéfiants (dans la v.f.) retrouvent, interrogent et menacent le pickpocket : il doit collaborer avec eux faute d'être considéré comme (dans la v.o.) un espion communiste ou (dans la v.f.) un trafiquant de drogue. Skip et Candy ne tardent pas à se retrouver au cœur d'une affaire qui les dépasse tous les deux mais dans laquelle ils risquent leurs peaux...



Critique Film


De dumbledore
Note du film : 6/6
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"Are you waving the Fly off me?"

Quand Samuel Fuller écrit et réalise Le port de la drogue, les grands studios ont signé la charte anti-communiste. Il est de bon ton de "casser du rouge". L'espion allemand, nazi, ou bien japonais des films de la Seconde Guerre mondiale sont passés de mode. En se refroidissant, la guerre a fait rougir le méchant qui devient dorénavant l'espion communiste.

Pour la fox, Samuel Fuller signe un film anti-communiste. Tout est là : l'espion communiste, la jeune femme naïve et manipulée (entendez par là : il faut rester sur vos gardes pour ne pas vous faire infecter) qui ouvrira les yeux sur sa situation et le héros qui va agir pour le bien de la Nation. Tout est là, mais passé devant la caméra de Fuller, tout s'effrite. L'espion communiste ressemble à un stéréotype sans consistance, presque une figure de rhétorique sans intérêt car sans substance. La jeune femme change de camp, mais ne meurt pas comme il se doit pourtant, et surtout le héros refuse lui d'agir pour la patrie. Le Drapeau Américain ne l'excite pas. Sa seule motivation, c'est la sienne, le reste n'est que blabla et manipulation. Il ne mange pas de ce pain là, il ne semble même pas croire à cette menace rouge dont pourtant la police et le FBI lui ressassent les oreilles. S'il agit contre l'espion, c'est uniquement par vengeance : l'espion a eu la mauvaise idée de violenter celle qui deviendra sa petite amie.

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Le personnage de Skip voit se concrétiser en lui tout ce qu'on peut trouver d'un personnage Fullerien : c'est un individualiste, un type intelligent sans être cultivé, mais possédant l'intelligence (c'est-à-dire la compréhension) du monde qui l'entoure. Impossible donc pour lui de marcher dans la combine de l'anti-communisme. Richard Wydmark trouve dans ce rôle un des ses meilleurs personnages. Son jeu distant, toujours sourire en coin, comme s'il maîtrisait toujours tout est fascinant.

Ce qui intéresse Fuller ce n'est évidemment pas la dénonciation communiste (à laquelle il ne semble pas croire), mais une description de deux mondes qui s'opposent. D'un côté le monde de la police, un monde établi, reconnu, qui est à la fois violence (le flic a sans doute tabassé plusieurs fois Skip) et manipulation (le type de la CIA agite le Drapeau sous le nez de Skip), un monde qui est sûr de ses assises et qui ne cherche pas à intégrer ceux qui lui sont étrangers.

Ces étrangers, il y en a trois dans le film. Skip, la jeune femme et surtout Moe, une vieille indicatrice, personnage subtilement écrit et magnifiquement joué. Elle vend des cravates, mais vend surtout des infos à la police (elle vend ainsi l'info à la police sur Skip, qui le tolère parce que ça fait partie du jeu). Elle n'a qu'une motivation: pouvoir se payer sa place au cimetière. Elle économise pour ça. Lui, c'est donc un pickpocket qui a fait déjà trois fois de la prison et qui pourtant recommence ses vols. Elle c'est une prostituée qui va à droite et à gauche en fonctionnant du vent qui la pousse.

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Ces trois personnages sont les laissés pour comptes de la société, une sous-société dans la société officielle. Ils ont leurs règles, leur fonctionnement et Fuller par ce film semble nous montrer que finalement la politique internationale des Etats-Unis est finalement bien loin de ces gens, soucieux avant tout (et avant la menace rouge) de pouvoir manger, survivre.

Fuller donne à ce film une mise en scène sublime. Très sobre dans les moments calmes, très resserré sur les personnage (notamment Moe qui semble le toucher particulièrement), il sait être particulièrement violent quand il le faut. Les deux scènes de bagarre (l'espion et la jeune femme d'un côté et la bagarre finale ensuite) sont d'une modernité étonnante. La lumière, la rareté de la musique et le scénario, tout cela fait de ce film un bijou du cinéma.


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Critique DVD

Jaquette du DVD Le Port de la drogue
Zone 2, France
Editeur : Carlotta Films
Sortie : 16 juin 2004

Format vidéo : 4/3
Audio : Anglais (DD Mono), Français (DD Mono)
Sous-titres : Français
Suppléments :

  • Bande-annonce
  • Préface d'Arthur Penn
  • Du microfilm à la poudre blanche
  • Le film noir selon Fuller
  • Derrière l'objectif : le style "Fuller"
  • Cinéma Cinémas : Fuller

Note technique : 6/6

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Image et son:

Sublime noir et blanc, malgré quelques rares (mais vraiment rares) défauts de pellicule. La compression et le contraste sont puissants et agréable. Rien de plus agréable que de voir une telle image noir et blanc.

Au son, on a une VO très claire et très propre. La VF est moins bien saturée, les voix saturant dans les aigus.

''Suppléments:''

Il est rare de voir des suppléments qui présentent et analysent d'une manière à la fois intelligente, perspicace et complète un film. C'est le cas ici.

On commence d'abord par une Bande annonce de circonstance, document inévitable des dvd. Ensuite, on a droit une présentation du personnage de Fuller. Pour ce faire la parole est laissée à un des amis de Fuller : Arthur Penn. Dans cette Préface d'Arthur Penn (6mn), Arthur Penn se souvient de Fuller. C'est la guerre qui lui revient à l'esprit. Cette guerre qui est au centre de l'oeuvre de Fuller, guerre contre la société et ses idées réductrices, guerre contre et pour les femmes, guerre contre le pouvoir, etc. Mais également guerre sur le plateau, car pour Fuller un tournage est un champ de bataille, nécessitant une dépense d'énergie dons la violence par contre doit être dans la force des images. Le témoignage de Penn est à la fois touchant et juste, pertinent en tout cas pour présenter le cas Fuller.

Complétant parfaitement ce portrait de l'artiste, voici une analyse du film par un monteur qui montre combien ce portrait de l'artiste se retrouve dans ses films. Derrière l'objectif "le style Fuller (15mn44) donne la parole à Hervé de Luze, célèbre monteur français de parler du film. On le sent à la fois pas très à l'aise devant la caméra mais passionné par le film qu'il analyse avec un regard aigu qui met en avant l'importance des comédiens dans le film, et qui fait preuve d'une particulière pertinence quand il compare les deux scènes de pickpocket avant notamment cette idée que les deux victimes semblent glisser vers l'orgasme alors que les mains de Richard Wydmark sont en action...

Ce style, cette narration, ces personnages inscrivent le film dans le cadre d'un genre : le film Noir. François Guerif, auteur d'un ouvrage incontournable sur le sujet traite de cet aspect là dans Le "Film Noir" selon Fuller (22mn25). Il parle à la fois du concept de "film noir" et place ce film dans ce sous-genre du film policier, reprenant les codes, les gimmick du film noir. Peut-être un peu long, mais riche en informations.

Quand le film sort en France, il est affublé d'un titre sans rapport avec l'intrigue original et les termes communistes sont effacés. Avec "Du microfilm à la poudre blanche" (8mn), vous saurez tout des raisons du titre si peu logique (il n'y a pas de drogue dans le film ni de port d'ailleurs). Ce petit document explique pourquoi et comment les distributeurs français censurèrent l'anti-communisme du film, préférant (pour ne pas choquer les français) changer dans le doublage le terme "communiste" par "vendeur de came", remplaçant l'intrigue d'espionnage communiste par une intrigue de vendeurs de drogues.

Et pour finir, on a droit à CinéCinéma: Fuller (11mn15). Samuel Fuller prend la parole pour nous parler de la première bobine de son film. Sa fougue, sa vivacité et son sens du cinéma transparaissent dans ce "commentaire audio" datant d'avant la création du dvd. Un vrai régal, un pur cours de cinéma.

dumbledore

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