
, détenteur officiel de la franchise des films sur la Shoah, avait lapidé Schindler's List
qu'il avait trouvé obscène. S'était posée la question de la possible ou non appréhension par le cinéma de fiction d'une réalité aussi terrible, aussi forte que la Shoah. Demander à des comédiens de "mimer", de "jouer" un déporté, n'est-ce pas un manque de respect ? D'un côté ceux qui disaient : il impossible - comprenez, il devrait être interdit - de faire une fiction sur la Shoah. Les autres proclamaient au nom de l'Art que tout sujet peut et doit être traité par le cinéma.
Entre les deux, une voix faible, celle de Stanley Kubrick
qui avait dû renoncer à son Aryan's Paper en apprenant la mise en chantier du film de Spielberg
. Stanley Kubrick
remarquait que Schindler's List
n'était pas un film sur la shoah (l'extermination de 6 millions de juifs par les forces nazis) mais un film sur des juifs qui s'en sortaient, sur des survivants !
Simple passe-passe rhétorique? Non. Au contraire, Stanley Kubrick
met le doigt exactement sur le dilemme que le film de Spielberg
n'a pas su assumer, sur une nuance que Spielberg
n'a pas vu dans son propre sujet. Voulant faire un film sur la shoah, il a fait un film sur ceux qui ne sont pas morts dans ces camps. Durant tout le film en effet, on va et on vient entre les deux sujets, qu'une scène précise incarne parfaitement : les personnages du film qui sont conduits dans une chambre à gaz et qui subissent... une douche d'eau. On y a vu du révisionnisme. Il faut y voir une maladresse très "spielberguienne".

n'est pas Francis Ford Coppola
, il n'est pas Kubrick
et il n'est pas non plus Polanski
. Spielberg
est un homme de certitudes, avec une vision manichéenne du monde. Le parcours de ses personnages ne peut prendre que deux voies. Soit de se maintenir dans des certitudes qui sont plus fortes que le monde qui l'entoure (Tom Hanks
dans Il faut sauver le Soldat Ryan
, Roy Neary dans Rencontres du troisième type
ou Elliott dans E.T.
). 
dans Catch me if you can
, Dennis Quaid
dans Jurassic Park
ou bien encore Liam Neeson
dans Schindler's List
).
Les autres cinéastes cités en comparaison développent l'inverse, un inverse beaucoup plus psychologiquement juste et réaliste: la contradiction n'est pas quelque chose qu'on dépasse mais est le coeur même de l'être humain. Leur cinéma est là pour montrer ces contradictions constitutives de l'homme et de la société et montre ces personnages tenter de les gérer.
Dans Schindler's List
, il y a deux films. Celui du personnage de Schindler qui se débat entre un colonel de camp nazi et crétin et les juifs qui travaillent pour lui. Le second film, c'est le background de l'histoire de cet homme : le camp de concentration, le ghetto, l'Allemagne nazie. Traiter les deux sujets étaient impossible.

est sans aucun doute le dernier très grand film en date de Spielberg, avec une mise en scène sublime (l'utilisation du Noir et blanc et de la couleur, les scènes de rafles, etc), un rythme étonnant (le début) et des idées visuelles qui faisaient sa force. Mais surtout une émotion à fleurs de peau aidée par la musique de John Williams
.
Mais d'un autre côté, le film est lourd et larmoyant sur les camps. Pire, il est voyeur et de mauvais goût, se terminant même avec un amalgame indigeste entre la shoah et le sionisme.
Le film de Roman Polanski
, le pianiste
ou plus exactement sa mise en scène doit être rapprochée et comparée à celle de Spielberg. Roman Polanski
film en travelling arrière son personnage qui marche dans le ghetto et on voit à ses pieds, dans le cadre des cadavres qui sont "naturellement" là. Spielberg fait le même travelling arrière mais tout en précédant son personnage il fait vite des panoramiques à droite et à gauche pour montrer le décor, pour montrer le camp... comme si les horreurs qui s'y passent ne faisaient pas "naturellement" partis de son histoire, de son personnage.
Deux mises en scène différentes, mais surtout deux conceptions fort différentes du cinéma et du monde.